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A la recherche des meilleures lignées d’abeilles Editar

  • Premier Voyage, 1950. Publié en français dans La Belgique Apicole 17, 1953, par épisodes, avec leur permission.
  • Original in the Bee World, 32(1) 49-52, (2) 57-62.
  • par le Frère ADAM, O.S.B. Abbaye St Mary, Buckfast, South Devon - Angleterre.
  • Traduction et adaptation française. par Georges LEDENT. Uccle, Belgique
  • La Belgique Apicole 17(1-2), 1953, p: 13-16.

Il y a un siècle, exactement en 1850, apparaissait la ruche à rayons mobiles : l’apiculture moderne était inaugurée. Le fait suivant, par ordre d’importance, fut l’arrivée en Angleterre, le 19 juillet 1859, du premier envoi de reines italiennes.

L'apiculture a fait d’immenses progrès, dans la technique des praticiens, dans le dessin des ruches et du matériel destinés à la production et au conditionnement du miel. En fait d’équipement et d’appareils, de nouveaux perfectionnements fondamentaux ne peuvent plus être envisagés. Les découvertes et améliorations que nous réserve l’avenir sont dans une direction totalement différente : c’est du côté de l’abeille elle-même que nous prévoyons le plus retentissant et le plus étendu potentiel de progrès. Nous en attendons quelque chose d’aussi révolutionnaire — sinon plus — que les développements retentissants qu’ont connus durant les cent dernières années la technique et la mécanique apicoles.

En 1880, le Canadien JONES, puis, en 1882, l’Américain BENTON visitèrent le Proche-Orient pour établir la valeur des races locales. Les reines cypriotes et syriennes importées déçurent leurs efforts en vue de trouver des races supérieures à l’italienne. Ces races, qui ne seront jamais en mesure de concurrencer l’italienne, fournirent néanmoins des données précieuses à l’éleveur à la recherche de lignées améliorées ou de nouvelles races d’abeilles.

Ici, en Angleterre, aucun effort soutenu n’a jamais été fait pour améliorer l’abeille. Autant toute innovation en fait de méthode, de modèle de ruche et de matériel éveille l’intérêt, autant le facteur infiniment important de l’amélioration de l’abeille même, n’a pas été sérieusement pris en considération. Il se peut que la nécessité essentielle s’en impose aux apiculteurs en raison de contingences économiques, alors les questions secondaires, comme la conduite du rucher au printemps, le contrôle de l’essaimage, etc., seront reléguées à un rang de mineure importance. De fait, avec l’abeille améliorée, telle que nous la concevons, la majorité des problèmes qui hantent l’esprit des apiculteurs cessera d’exister. A titre d’exemple typique, nous donnerons la résistance à l’acariose. Une lignée présentant une susceptibilité à cette maladie doit être traitée périodiquement si l’on veut éviter de sérieuses pertes. Par contre, une lignée résistante ne requiert aucun traitement, économisant le travail supplémentaire, le coût des médicaments et les pertes inévitables, qu’elles résultent du traitement ou de son efficacité relative. Dès lors que l’on tient des abeilles résistantes, l’acariose, du point de vue purement pratique, n’existe plus.

Les tentatives d’amélioration de l’abeille faites jusqu’ici consistent principalement en élevage de lignées; poursuivies avec patience et persévérance, elles peuvent amener un réel progrès. Mais si elles n’ont pas été faites sur une large base et n’ont pas été soigneusement conçues et exécutées — surtout si la consanguinité a été poussée au-delà d’une certaine limite — les résultats peuvent en être désastreux. Une perte de vigueur, qui s’accentue au fur et à mesure qu’augmente l’uniformité, exclut toute amélioration d’envergure, voire révolutionnaire, lorsqu’on attaque le problème de cette façon. Elever des lignées barre en outre la possibilité de développer telle caractéristique dont il n’existe pas de trace dans la composition génétique de la lignée. Pour introduire un caractère nouveau, il faut avoir recours au croisement. Le métissage est, en fait, l’unique moyen par quoi les traits désirables des diverses races sont susceptibles d’être intégrés dans une lignée — par quoi un progrès radical peut être réalisé et des lignées entièrement neuves obtenues.

La complexité des problèmes liés à le métissage de l’abeille ne nous échappe pas. La parthénogenèse et l’hérédité haploïde du faux-bourdon rendent la tâche particulièrement difficile et la réussite requiert des moyens exceptionnels. A Buckfast nous avons sous la main les éléments indispensables, les connaissances techniques spécialisées, accumulées au cours de longues années de métissage expérimental et une expérience qui nous permettent d’embrasser les potentialités immenses du croisement.

Ce qui est vital, c’est, avant tout, la meilleure colonie d’élevage possible. Le second choix, source infaillible de déception, les reines importées par la voie du commerce ordinaire, tout cela est à bannir. Si bien qu’il nous est apparu que nous n’avions pas d’autre alternative que de nous mettre personnellement en quête de l’habitat natif des races nécessaires à nos expériences d’élevage. De plus, chaque race présentant un grand nombre de lignées, de valeur fort variable, ce n’était que sur place que nous pourrions opérer notre sélection finale dans chaque cas. Ajoutons que les lignées convenant au croisement ne se trouvent qu’en des endroits éloignés et isolés où, tout à fait à l’écart, la pureté raciale s’est conservée à travers le temps et où une consanguinité étroite ininterrompue a produit une uniformité génétique maximum.

Nous avons donc entrepris une série de voyages qui engloberont tous les pays limitrophes de la Méditerranée possédant une abeille indigène de valeur. Outre la recherche dont nous avons parlé, nous poursuivrons une série d’objectifs secondaires, non sans répercussion sur le succès final de notre entreprise.

L’un de ceux-ci consiste à nous procurer de première main des renseignements sur l’amplitude des variations dans les caractéristiques morphologiques et physiologiques pour chaque race. Une collection d’échantillons sera également recueillie pour la Station de Recherches de Rothamsted. On ne se rend en effet généralement pas compte que nombre de races et de lignées sont en voie d’extinction plus ou moins avancée, à la suite de métissages désordonnés, notamment en Europe occidentale.

Nous avons, sur le Continent, suivi avec un intérêt tout spécial tous les efforts faits pour améliorer l’abeille. Il y a été travaillé immensément dans cette direction, ce dont en Angleterre nous n’avions qu’une idée très vague. Le grand mouvement — DIE RASSENZUCHT (l’élevage de la race) — a été lancé en Suisse en 1898 par le Dr U. KRAMER, et des stations d’élevage ont fonctionné depuis tantôt un demi siècle en Autriche, en Allemagne et en Suisse. Enfin, et ce n’est pas le moins, nous avons compris qu’en visitant les institutions de recherches continentales et en établissant une liaison directe avec les meilleurs savants étrangers nous en serions immensément aidés dans notre tâche.

La France Editar

Débarqué le 20 mars 1950, des raisons évidentes nous dirigeaient aussitôt vers le Midi : le printemps y avait fait son apparition. A la côte méditerranéenne, la miellée était déjà en train. Le romarin était en pleine floraison en Provence et dans les Corbières et la saison bien avancée. A Céret, non loin de Perpignan, le trèfle blanc était en fleur le long de la route le 28 mars. Les Corbières, une des régions le plus admirablement mellifères du monde, se trouvent entre Narbonne et Perpignan à l’est et Carcassonne et Quillan à l’ouest. Le fameux miel de Narbonne provient du romarin des Corbières, romarin qui prospère dans ces collines rocailleuses et d’apparence stérile. A la pleine floraison et en conditions climatiques favorables, des rentrées de l’ordre de 6,5 kg par jour et par colonie, ne sont pas exceptionnelles. Hélas, un vent de tempête, sévissant autour de 220 jours par an dans cette région, vient trop souvent anéantir les espoirs des apiculteurs. Des courants aériens d’ouest déviés sur cette région par les Pyrénées au sud et par le Massif Central au nord, étranglés non loin de la côte méditerranéenne où leur vitesse atteint 150 km à l’heure, défient l’abeille, même si le soleil luit. Il se conçoit que des abeilles extrêmement robustes, exceptionnellement puissantes au vol, constituent une nécessité dans cette région. Et nous ne serons pas surpris d’y rencontrer encore certaines des lignées les meilleures de l’abeille française pure. Cette abeille française pure indigène, telle que nous la connaissions il y a vingt ou trente ans, est près de disparaître. Il ne reste que quelques éleveurs commerciaux faisant encore l’abeille noire indigène, au prix de difficultés presque insurmontables pour en préserver la pureté. La vaste majorité des apiculteurs français utilisent la reine américaine croisée avec des mâles locaux. La descendance de pures reines italiennes d’Amérique s’avère sans valeur pour la production de miel, mais un premier croisement rend admirablement. A l’exception de quelques cas isolés, nous n’avons trouvé en France que des hybrides de premier croisement ou des métis, où que nous allions. Une des toutes meilleures reines d’élevage que nous ayons jamais possédée provenait du Gâtinais. Il y a des années de cela. Furetant dans la contrée en mai dernier, il nous a été impossible de mettre la main sur une seule colonie de race française pure. Par contre nous avons rencontré quelques-unes des plus horribles métisses que nous connaissions.

Le déclin de l’abeille française indigène est dû certainement à son mauvais caractère. Bien irritée, surtout vers la fin de la saison ou sitôt après la récolte, elle piquera tout être vivant à la ronde. Elle est aussi portée à essaimer indûment et à ramener de la propolis en quantité exagérée, surpassant en ceci toute autre abeille à notre connaissance. L’intérieur de certaines ruches rencontrées en France était littéralement plafonné de propolis du type collant résineux, faisant du maniement des cadres quelque chose de très pénible. Ce n’en serait pas moins un malheur irréparable si cette abeille devait disparaître, victime de cette tendance à l’hybridation aveugle, car ses qualités sont aussi grandes que ses défauts. Elle est excessivement robuste, a longue vie, a l’aile puissante et est l’une des meilleures butineuses. Ses rayons sont bien bâtis et elle fabrique des opercules presque sans défaut aucun. Les reines sont très prolifiques.

L’abeille française peut être considérée comme une variante de l’abeille brune d’Europe centrale avec cette différence que nombre des particularités de cette dernière, les bonnes et les mauvaises, sont développées chez elle à l’extrême. Vue par le généticien, elle est la meilleure des deux, parce que se prêtant particulièrement bien au croisement. L’irritabilité, quel qu’en soit le degré, peut être éliminée sans peine au cours de la ségrégation ultérieure et du regroupement nouveau de caractéristiques.

L’abeille française est affligée d’un autre défaut qu’elle partage avec presque toutes les variétés d’abeilles brunes d’Europe Centrale : une réceptivité innée et prononcée aux maladies du couvain. Ici aussi la française est jusqu’au boutiste plus que toute autre; et presque autant que ce qui est du défaut corrélatif, un manque de propreté ou le fait de tolérer telles choses anormales dans le nid à couvain est une des causes primordiales prédisposant aux maladies du couvain.

L’apiculture a décliné en France ces derniers 150 ans. Il y a cependant des signes nets de renouveau et 1’apiculture commerciale y est actuellement exercée sur une base plus importante qu’ici en Angleterre. Un pays possédant une telle gamme de flore nectarifère, où le sainfoin pousse le long des chemins et dans tous les terrains vagues, où abondent romarin, lavande, sarrasin et bruyère, doit voir l’apiculture s’épanouir. Les méthodes en usage chez les apiculteurs commerciaux ne peuvent être qualifiées d’intensives, d’après nos standards, néanmoins il y a de belles productions, qu’un système de conduite plus intensif améliorerait encore, me semble-t-il.

La Suisse Editar

  • La Belgique Apicole 17(3), 1953, p:38-41

Nos déplacements de l’an passé ne nous ont pas amené moins de trois fois en Suisse. A la première visite, au début d’avril, il était clairement trop tôt. Une grande partie du pays était sous la neige. Ainsi, en arrivant à Berne, dirigeâmes-nous nos pas vers cette Mecque de la recherche apicole, l’Institut Liebefeld. Hélas, le Dr MORGENTHALER était absent. Le Dr MAURIZIO nous présenta ses collaborateurs, MM. FYC, SCHNEIDER et BRUCCER, puis nous exposa en détail ses propres travaux sur l’analyse des pollens où elle est passée maître. Nous goûtames pour la première fois du miel d’Alpenrose, cette espèce naine de rhododendron qui ne pousse qu’à grande altitude dans les régions non calcareuses des Alpes, à notre sens le miel le plus « délicieux » produit sur le Continent.

Au laboratoire de MM. SCHNEIDER et BRUCCER, discussion sur les multiples problèmes touchant l’acariose et sur les travaux de recherches à Liebefeld. L’acariose gagne du terrain sur le Continent. En Suisse, de grands efforts sont faits pour combattre le péril : dans les contrées infectées le déplacement des ruches est empêché et là où l’acariose est décelée, toutes les colonies de la région sont obligatoirement soumises au traitement. Les mesures, on l’espère, auront raison du mal et les pertes seront réduites au minimum. Par malheur l’acariose étend ses tentacules toujours davantage dans les pays entourant la Suisse. Pour l’instant, tout au moins, la maladie n’a pas encore, sur le Continent, atteint ce sommet de virulence auquel nous l’avions vu arriver ici en Angleterre.

Tout modeste qu’il est, timide et ne se fiant pas à ses capacités de zoologiste de tout premier plan, W. FYC n’en a pas moins une autorité incontestée pour tout ce qui regarde la structure et les conditions pathologiques affectant les organes reproducteurs de la reine. Sauf erreur, il est le seul savant au monde à s’être confiné exclusivement à cet objet et sa contribution à nos connaissances de l’anatomie, de la physiologie et de la pathologie de la reine est inestimable. Nos discussions ont confirmé que sur nombre de sujets controversés, nos vues respectives concordaient.

Nous avions promis au Dr MORGENTHALER, qui nous avait invité à la Züchterkonferenz (réunion d’éleveurs) de Rosemberg, à laquelle notre visite en Carinthie nous empêcha d’aller, de revenir à Berne. Le 15 mai, nous y étions de nouveau. A cette visite, notre tâche principale consista en l’étude des lignées distinctives de l’abeille indigène qui ont été développées en Suisse ces derniers cinquante ans. Le second jour, notre groupe, composé du Dr MORGENTHALER et de M. LEHMANN s’augmentait du Dr HUNKELER, Chef de l’élevage de la race. Des nombreuses lignées dérivées de l’abeille indigène commune suisse, il est admis généralement que chacune personnifie certaines caractéristiques particulières ou quelque adaptation spécifique au milieu propre à son lieu d’origine.

On considère que l’adaptation maximum à celui-ci donnera les meilleurs résultats. Sans entrer dans le détail de chacune, retenons celle qui, réellement remarquable, mérite une mention spéciale : la Nigra.

Cette lignée, proprement Suisse, fut obtenue, il y a une cinquantaine d’années par M. KREYENBUHL. Quelques années avant la dernière guerre, elle était encore très répandue en Europe Centrale. Sa popularité a baissé en Allemagne ces derniers dix ans et d’autres lignées s’y sont substituées. Il est probable qu’un élevage défectueux et trop d’attention accordée à ses caractéristiques externes ont amené sa dégénérescence en Allemagne. L’essai à fond que nous en avons fait dans nos ruchers nous a fait grande impression. Elle a des tas de qualités mais, malheureusement un sérieux défaut qui les dépare complètement : elle essaime excessivement, ce qui la rend sans valeur sous notre climat, en vue de l’apiculture commerciale. Comme son nom l’indique, elle est noire, pas brune, noire comme du jais. La couleur extraordinaire, la tendance inhabituelle à l’essaimage et divers autres traits de la Nigra me paraissent en indiquer l’affinité à l’abeille de bruyère allemande (Apis mellifera var. lehzeni).

A part l’objectif principal de notre travail en Suisse, nous avons acquis de première main une expérience des méthodes apicoles suisses et la technique de l’apiculture en pavillons. Un pavillon a certes ses avantages, mais ne se prête pas aux opérations et manipulations rapides qui sont le sine qua non de la pratique apicole suivant les méthodes les plus avancées. Les Suisses ont sans contredit acquis une adresse extraordinaire à manier des rayons, à les enlever, à les remplacer, grâce à l’usage de pinces spéciales. Néanmoins, toute considération de commodité mise à part, tenant compte de l’impossibilité physique d’exécuter toute opération et manipulation le plus vite et le plus efficacement, un pavillon semble avoir des inconvénients multiples dans bien des cas. La protection excessive, la chaleur exagérée durant l’été dans ces constructions en planches ne sont pas — suivant notre expérience — dans le sens d’un développement normal, naturel et sain des colonies. Et je suis en tout cas parti sur l’impression nette que, dans les pavillons que nous avons visités, les abeilles étaient tenues bien trop au chaud pour donner de bons résultats.

Il ne faudrait pas croire que les pavillons sont en usage à travers toute la Suisse. En Suisse française, les ruches sont disposées à l’extérieur, exactement comme ici en Angleterre. A l’extrême sud, pénétrant en Suisse par le col du Saint Bernard, en route vers la vallée du Rhône, nous avons noté un rucher sous abri ouvert, comme il est d’usage en Sicile, en Allemagne septentrionale et aussi dans certaines parties de la Carinthie.

Nous retournâmes une fois de plus à Berne, le 8 octobre. Cette fois, notre enquête nous amena dans le secteur extrême ouest de la Suisse, la région de Neuchâtel. La ruche Dadant est utilisée presque exclusivement dans toute la région de langue française de la Suisse. De fait, la ligne de démarcation linguistique semble constituer effectivement la ligne de séparation entre deux systèmes; totalement différents d’apiculture. Dans la partie parlant allemand, les pavillons sont d’usage général et le cadre a approximativement la surface du cadre standard anglais. Là où le français est parlé on voit partout la grande ruche Dadant.

L’organisation des apiculteurs de l’Association suisse allemande est la plus développée et, à beaucoup de points de vue, la plus avancée en son genre dans le monde. Son programme d’assurance contre les maladies des abeilles, son contrôle du miel, et, par dessus tout, l’amélioration systématique de l’abeille indigène par contrôle de la fécondation des reines — œuvre entamée par le Docteur KRAMER en 1898 — comptent parmi ses plus remarquables réalisations. L’an passé, l’Association n’avait pas moins de 183 stations de fécondation en service.

En dépit des immenses résultats atteints, je ne pouvais me convaincre en mon for intérieur que, avec le type d’abeille utilisé et le système d’apiculture en vogue, le rendement maximum par colonie était effectivement obtenu en Suisse. Les arguments produits en faveur de l’abeille indigène et ce système d’apiculture me rappelaient les considérations et opinions qu’on faisait valoir, ici en Angleterre, il y a trente-cinq ans d’ici. Avec une extrême ténacité, certains de nos maîtres affirmaient alors que l’abeille indigène ancienne devait, ipso facto, être la meilleure pour notre climat. On faisait valoir, non sans quelque raison, qu’au cours des millénaires, la sélection naturelle aurait développé et modelé avec une infaillible certitude une abeille mieux adaptée que toute autre aux particularités de notre climat insulaire. Les dures leçons de ma propre expérience m’ont appris combien cette argumentation devait se révéler fallacieuse. En apiculture, on s’égare si facilement sur de fausses pistes, avec cette difficulté en plus qu’on ne s’aperçoit pas que de faux points de vue théoriques mènent inéluctablement à un cul-de-sac. Au cours de nos voyages sur le Continent, combien de fois, involontairement, nous a été rappelé le souvenir de raisonnements erronés de ce genre, avec les conséquences qu’ils entraînent. Si les abeilles se développent mal au printemps ou qu’en quelque point, elles ne réussissent pas à un moment quelconque de la saison, il est tellement facile — trop facile, en fait — de croire avec la plus absolue conviction que le temps est en cause ou que, pour telle raison inexplicable, les fleurs n’ont pas sécrété ou, tout au moins, n’ont pas sécrété aussi bien qu’elles auraient dû le faire. En Amérique, l’apiculture est exagérément dominée par des considérations purement commerciales et pratiques. Inversement, en Europe Centrale, des points de vues abstraits et théoriques tendent à étouffer tous les aspects pratiques de l’apiculture. Avantages et inconvénients théoriques, soumis à l’épreuve rigoureuse de l’apiculture pratique, se révèlent trop souvent illusoires.

L’Autriche Editar

  • La Belgique Apicole 17(4), 1953, p:71-75

A notre arrivée en Autriche, le 13 avril 1950, tandis que les cerisiers étaient en fleurs le long du lac de Constance, il pleuvait à torrents dans la vallée du Rhin supérieur. Sur les versants alpestres, la neige tombait et nous passâmes l’Arlberg fort difficilement, en pleine tempête. Une seule journée d’avril fut chaude, tandis que nous explorions le Gaital, aux confins des Alpes carnioliennes. Encore, un orage survenu à la soirée vint-il refroidir la température un fois de plus. Force nous fut d’y retourner à la fin août.

On trouve en Autriche trois variétés distinctes d’abeilles : la brune de l’Europe Centrale, l’alpine et la carniolienne. La première, en Haute Autriche, la seconde confinée dans les régions Nord des Alpes, surtout dans les vallées de la Salzach et de l’Enns, avec pour limite, au sud, la haute chaîne de montagnes appelée Hohe Tauern et Niedere Tauern. L’habitat natif de la troisième, la Carnica , se place immédiatement au Sud des Tauern, en Carinthie et Carniole. Ses limites principales sont, à l’ouest, les Dolomites, au sud et sud-ouest, les Alpes carnioliennes. Elles ne sont pas encore établies avec précision dans les autres directions : nord-est, est et sud-est.

L’examen d’un certain nombre de lignées de la variété alpine nous laisse sous l’impression qu’à beaucoup d’égards il y a identité avec les variétés alpestres trouvées en Suisse. Pour autant que nous ayons pu le constater, toutes ces lignées alpines ne sont que des formes de l’abeille brune européenne, à quelques variantes et modifications près, dues à l’isolement naturel du pays, de nature montagneuse. Tout en étant parmi les meilleures lignées d’élevage, tant la Suisse que la Tyrolienne ne possèdent pas de caractéristiques présentant une valeur particulière. La Nigra mise à part, elles ressemblent fort à l’ancienne abeille indigène d’Angleterre. En fait, ces lignées alpines sont les seuls représentants, fort apparentés, de ce qui reste de l’abeille brune originale de l’Europe Centrale, laquelle, dans sa forme pure, à très peu d’exceptions près, est à considérer comme une race éteinte.

Dans les pays de langue anglaise, on appelle la Carnica , abeille carniolienne en raison de ce que la plupart des importations du passé provenaient de Carniole « ou Krain » une province de l’ancien Empire d’Autriche, incorporée à la Yougoslavie en 1919. Il se peut que la Carniole soit le centre géographique de l’habitat natif de la Carnica, mais la Carinthie n’en est pas moins certainement une des régions principales de sa répartition. En outre, les hautes barrières montagneuses enserrant la Carinthie ont peut-être, comme nulle part ailleurs, conservé sa pureté à cette race, depuis des temps immémoriaux. Vallées étroitement fermées, inaccessibilité presque complète de certaines fermes alpestres, sévérité du climat et rareté de la flore nectarifère ont encore contribué à amener l’existence, en Carinthie même, de quantité de lignées bien distinctes de Carnica . Ici, l’isolement naturel et la sélection naturelle s’y sont mis harmonieusement ensemble pour développer ces lignées distinctes. Aussi la Carinthie et le Nord-Ouest de la Yougoslavie représentent-ils un véritable Eldorado pour les fervents entreprenants de la Génétique.

De source autorisée, la Carnica est dépeinte comme une version gris noir de l’abeille jaune italienne. La couleur et le duvet gris mis à part, la Carnica est plus voisine de l’Italienne que de toute autre race. Cela n’empêche que la vraie Carnica est, sans aucune espèce de doute, une sous espèce distincte d’Apis mellifera . Mais l’amplitude des variations entre les diverses lignées est probablement plus grande que dans toute autre race que nous connaissions. Négligeant les différences morphologiques, les variations physiologiques d’une lignée à l’autre sont réellement considérables.

L’un des traits les plus remarquables au crédit de la Carnica est sa docilité phénoménale. Pour autant que nous en ayons fait l’expérience, c’est certainement la plus docile des races d’abeilles. On peut la manier en toute impunité, sans voile ou protection quelconque. Les abeilles gardent leur calme et, à ce point de vue, elles se comportent tout différemment des Italiennes. Néanmoins, au cours de nos pérégrinations, nous sommes tombés sur quelques lignées que l’on peut qualifier à juste titre comme ayant mauvais caractère.

Le point suivant, quant à l’importance, est son incomparable robustesse, sa longévité et sa puissance de vol, caractéristiques qu’ont développées dans une mesure presque incroyable, au cours des âges, les longs hivers, le froid extrême, le climat alpestre généralement sévère et changeant, autant que l’indigence de la flore nectarifère.

Par exemple, le 19 avril, nous visitâmes une ferme isolée, à environ 1350 m d’altitude, sur une pente dénudée. Le froid pinçait et les montagnes, tout autour, étaient couvertes d’un épais manteau de neige. Les abeilles étaient dans les caisses carinthiennes typiques, hautes d’environ 15 cm, larges de 25 et longues de 1 m environ, en planches épaisses de 1,5 cm. Pour suivre la tradition, le maître n’aurait jamais hiverné plus de huit colonies : deux piles de trois superposées, et une pile de deux, côte à côte. En dehors de cette protection résultant de la disposition, de l’épaisseur du bois et d’une espèce de toit contre la pluie, il n’y avait pas d’autre précaution ni abri. Néanmoins, lorsque le devant de chacune de ces boîtes eut été ouvert, sans fumée ni quoi que ce soit de ce genre, chaque colonie s’est trouvée pleine d’abeilles. Certaines des populations formaient un groupe épais de 3 pouces (7,6 cm), sur le devant des rayons bâtis 1’année précédente. La Carnica forme de petites colonies à l’automne et, par suite, s’arrange pour hiverner avec un minimum de provisions « une particularité très désirable et précieuse » en opposition avec l’Italienne. On nous a affirmé qu’elle s’en tire avec 6 kg et ne perdons pas de vue que ce n’est pas de la meilleure qualité. C’est surtout du miellat de pin ou de sarrasin, si les colonies ont été menées au sarrasin du côté nord-est de Klagenfurt. Mais le point essentiel est que les colonies de Carnica se développent très rapidement au printemps, dès que l’Erica carnea et le crocus sauvage donnent du pollen. La floraison de la première débute vers la mi-mars et celle de la deuxième, vers la mi-avril. Mais, à ce moment le temps est extrêmement variable, comme nous avons pu nous en apercevoir subitement, il peut venir une poussée de chaleur, même oppressante et le lendemain, on est replongé au cœur de l’hiver. Dans ces conditions, quel ne doit pas être le potentiel d’adaptabilité et d’endurance des abeilles ! Et, dans ces conditions, la dépopulation de printemps devrait entraîner la mort certaine des colonies.

La Carnica est considérée par nombre d’autorités comme la productrice de miel par excellence. Nombreux sont les cas relevés où elle a réalisé des merveilles en particulier avec un premier croisement. De fait, c’est un premier métis qui a la réputation d’avoir battu le record mondial de la récolte jamais faite sur une colonie.

Tout concourt apparemment à indiquer qu’une bonne lignée réunit toutes les qualités pour amasser le maximum de miel. Cependant, suivant notre expérience, de grandes différences existent entre les diverses lignées et la meilleure ne se rencontre pas en flânant le long des routes. La langue de la Carnica pompe à une profondeur exceptionnelle, ce qui, bien sûr, est particulièrement important là où le trèfle rouge est cultivé extensivement.

En outre, elle construit le rayon à merveille et a tendance à couvrir le miel d’opercules blancs comme neige. Mais ces opercules sont plutôt plats, non convexes, et avec l’hexagone bien marqué, comme chez l’ancienne abeille indigène d’Angleterre. La vraie Carnica récolte moins de propolis que toute autre race européenne, usant plutôt de cire que de propolis pour boucher les interstices de la ruche. Cette qualité est, selon nous, fort appréciable, rien ne rendant plus déplaisant le maniement des cadres que la présence excessive de propolis, surtout du type collant, pâteux, résineux. Mais toute lignée de Carinthie ne produira pas des opercules blancs et n’aura pas recours à un minimum de propolis.

Le seul défaut capital de cette race réside dans sa propension excessive à l’essaimage. Une race ou lignée essaimant de façon désordonnée est, de ce fait, sans valeur en vue de la production commerciale de miel, ici en Angleterre, ce grand défaut annihilant à lui seul tous autres mérites. L’an passé, nous avons mis à l’épreuve des reines reçues de divers éleveurs du Continent. Chacune de ces lignées du commerce a été trouvée sans valeur à nos ruchers à cause de cette tendance incontrôlable à l’essaimage. Il faut savoir que jusqu’à il y a peu de temps, ce caractère a été délibérément propagé en Carinthie et il continue à être encouragé partout où la ruche-caisse est encore en usage. Cependant il est possible de l’éliminer, tout au moins, de le ramener à des limites tolérables, par sélection. L’abeille qu’on importait de Carinthie, il y a 40 ou 50 ans était bien moins essaimeuse que ce que l’on importe actuellement. Bien que nous pensions avoir mis la main, l’an passé, sur une ou deux lignées susceptibles de correspondre pleinement à ce que nous recherchons, nous ne serons fixés qu’après essai à nos ruchers. Mais, suivant les informations qui nous ont été fournies et que nos observations paraissent corroborer, tout porte à croire que l’abeille indigène de Carniole et de la région joignante plus au sud et n’est pas identique, à beaucoup de points de vue, aux lignées se trouvant en Carinthie. Nous espérons être à même, sous peu, de régler ce point important.

Nous n’avons pas tenté une description des caractères moins immédiatement frappants de la Carnica. Cela nous conduirait trop loin. De plus, il s’agit, à beaucoup d’égards, d’une race à mystères encore incomplètement sondés à ce jour, vu que nombre de ses potentialités héréditaires, somnolentes, ne se révèlent que lors de croisements. Je considère la Carnica comme une abeille de toute grande valeur, et elle constituera la base de nos expériences de croisement : c’est la meilleure lignée existante qu’il importe de trouver à cette fin.

L’Italie Editar

  • La Belgique Apicole 17(5), 1953, p:102-104

Arrivé en Italie le 7 septembre, nous disposions exactement d’un mois dont une semaine à consacrer à la Sicile. Ce manque de temps nous obligera à sacrifier le Nord-Est, région avoisinant la Yougoslavie.

C’est dans cette région que, depuis des temps immémoriaux, l’abeille italienne et la Carnica se sont entremêlées et que se sont, en toute probabilité, fixées des lignées intermédiaires incorporant les caractères désirables de l’une ou l’autre race de façon homozygote, lignées précieuses entre toutes. Sans une enquête approfondie dans cette région, notre mission ne serait pas remplie et nous espérons nous y consacrer lorsque nous irons en Yougoslavie. (Je pense que le Nord de la Yougoslavie pourrait présenter des surprises sensationnelles — Note du traducteur)

La popularité mondiale de l’abeille italienne est incontestée. En fait nous pensons que l’apiculture moderne n’aurait jamais progressé comme elle l’a fait, sans l’abeille italienne. L’apiculture commerciale, telle qu’elle est actuellement pratiquée dans tout pays à forte production de miel, serait quasi une impossibilité pratique sans elle. L’abeille italienne est un des dons de la nature, offert à un pays qu’elle a comblé avec une générosité inégalée. Elle n’est pas parfaite en tous points, mais la nature l’a dotée d’une combinaison de qualités et ce dans une mesure qui n’atteint aucune autre race. L’abeille italienne a ses défauts — ils sont sérieux — auxquels elle doit de n’avoir pas atteint une popularité absolue et universelle. Ses caractères généraux sont si connus qu’il serait inutile de les nommer ici. Mais ses défauts principaux, tels que nous les voyons, peuvent demander à être précisés. Elle a une tendance à une élevage excessif à la fin de la grande miellée et, quelques exceptions mises à part, elle puise de façon extravagante dans ses provisions durant l’hiver. Il lui manque la robustesse, l’endurance, la longévité et la puissance de vol que manifestent, à des degrés divers, la plupart des autres races. Elle dérive abondamment et son peu d’endurance l’expose à la dépopulation printanière, chaque fois que les conditions de climat contrarient un développement hâtif de la colonie au printemps.

Il existe trois variétés distinctes d’abeilles italiennes: celle qui a la teinte du cuir, la variété jaune éclatant fournie généralement par les éleveurs commerciaux, et un type coloré citron très pâle, rarement rencontré. L’abeille dite italienne dorée n’est pas du tout une vraie italienne. C’est le produit d’un croisement d’italienne et de noire, comme l’ont démontré clairement nos expériences de métissage.

La généralité des expérimentateurs conclut à la supériorité économique de l’italienne à teinte de cuir sur la plus attrayante jaune éclatant. Les premières reines exportées d’Italie venaient des Alpes Ligures, d’où le nom « abeille ligure », et c’est cette abeille fauve indigène de Ligurie qui a établi le renom de l’abeille italienne. La vraie « Ligure » ne se trouve que dans la région montagneuse entre La Spezia et Gênes. Sitôt à l’ouest de Gênes, apparaissent les métis. Du côté d’Impéria et de San Remo, l’abeille noire française, avec son mauvais caractère bien distinctif, déborde en territoire italien.

La jaune éclatant a son habitat délimité principalement, vers le nord, à la plaine de Lombardie et, au sud, étendu à toute la Péninsule jusqu’à Catanzaro. Plus bas, le type le plus exécrable de bâtard domine dans le reste de la Calabre, conglomérat hétérozygote d’ « italienne jaune » et de « noire indigène sicilienne ». Bien que n’ayant pu explorer entièrement les régions au nord de la plaine lombarde, à en juger par ce que nous avons constaté et d’après les renseignements recueillis, ce seraient des hybrides qui domineraient sur les versants sud des Alpes helvétiques.

Dans les Dolomites et autour de Bolzano, il y a prévalence marquée de métis. Par contre, au lac de Côme et dans le Tessin avoisinant, l’ « italienne jaune » se rencontre plus communément. Mais ce sont des abeilles noires et des bâtards qui prédominent nettement dans la zone plus à l’ouest, dans le Val d’Aoste. Dans les régions où l’ « italienne jaune éclatant » est indigène, nous verrons la tendance à propoliser s’accentuer progressivement au fur et à mesure que nous descendons vers le Sud.

Nous avons rendu visite à la plupart des éleveurs bien connus de reines italiennes, près de Bologne. Ils nous ont assuré que leurs clients demandent des reines jaune éclatant. Tout commerçant fournit ce que demande le client — par nécessité — s’il tient à rester sur le marché. Il est hors de doute que ces établissements fournissent ce qui peut se faire de mieux comme lignée du type jaune éclatant. Mais nous n’avons pas le moindre doute que c’est la « fauve Ligure » qui est, de loin, la meilleure abeille.

Il y a relativement peu d’apiculteurs commerciaux en Italie, pays surtout d’apiculture sur une petite échelle. L’agriculture y est pratiquée trop intensivement pour permettre de tenir un grand nombre de colonies dans une localité. Pour cela, les zones montagneuses où abondent thym, sauge, bruyère, etc., offrent les meilleures perspectives à la production commerciale de miel. La Calabre paraît particulièrement favorisée à ce point de vue. Il s’y trouve, en outre, de vastes bocages d’orangers et de citronniers le long de la côte, qui donnent une riche récolte au premier printemps, avant que ne démarre la flore de montagne. Les bruyères des monts de la Calabre, bruyères méditerranéennes blanches, donnent un miel blanc que la force centrifuge permet d’extraire. Il semblerait que, souvent, les provisions d’hiver proviennent du jus de figues de la seconde récolte qu’on laisse généralement pourrir, les fruits étant trop petits. De bonne source, il nous a été rapporté que certaines colonies en avaient emmagasiné près de 7 kilos net, l’automne dernier. Dans ce climat subtropical, les abeilles hivernent parfaitement sur ce jus de figues.

L’apiculture n’a pas jusqu’ici atteint un niveau élevé d’efficience, en Italie. Néanmoins un mouvement se dessine. Le cadre d’usage courant est le « Dadant » ou le « Langstroth ». En Campanie, sur les collines d’Albe et dans l’Italie du nord-ouest, on utilise encore largement des ruches-caisses d’environ 25 cm de côté et hautes de 60 cm.

La Sicile Editar

  • La Belgique Apicole 17(6), 1953, p:139-10T4

Arrivé à Messine, le 19 septembre, nous partions aussitôt pour Randazzo, sur le versant nord de l’Etna, région bien connue en apiculture. Il n’y a pas tant d’années, on ne pouvait trouver dans toute l’étendue de l’île que l’abeille indigène, Apis mellifera var. sicula, mais, ces dernières années, des reines de l’Italie septentrionale ont été importées. Si cette importation d’abeilles « jaune éclatant » doit, en fin de compte, être profitable à l’apiculture en Sicile, est une question non encore résolue. Une autorité bien connue de Rome exprimait des doutes et une profonde inquiétude à ce sujet. Dans le voisinage de Randazzo nous n’avons trouvé que des métis, et suivant informations reçues, il en irait de même pour tout le nord-est de l’île. Mais en venant à Randazzo, nous envisagions surtout de prendre contact avec le Cav. P.A. VAGLIASINDI, l’autorité apicole la plus qualifiée de Sicile. Sur son conseil, nous partions pour le secteur sud-est extrême de la Sicile, pour Noto et Raguse, région où abonde le caroubier (Ceratonia siliqua). Tous les ans, quand le caroubier fleurit, en octobre c’est un afflux de colonies qu’on descend des collines avoisinantes. Le caroubier est une des sources les plus généreuses de nectar. Lors de notre visite, les arbres étaient en boutons et la migration des apiculteurs n’avait pas encore commencé si bien que nous avons manqué une chance unique de nous documenter sur l’ampleur des variantes dans les caractères des lignées siciliennes pures. Nous pûmes néanmoins nous assurer quelques spécimens de reines siciliennes pures dans la région.

La sicula a la réputation d’être fort apparentée à l’abeille tunisienne, sans que, pour autant que nous sachions, la chose ait été établie définitivement. Au moment de notre visite, il était fort malaisé de se faire une idée des caractères généraux de la sicula . C’était au terme de la longue sécheresse estivale, les pluies d’automne n’avaient pas encore commencé et la grande miellée de caroubier non plus. Aussi toutes les colonies étaient-elles au point le plus bas. Pratiquement, le couvain était absent des colonies que nous examinâmes et, dans chacune, les provisions étaient presque épuisées. Notre conclusion n’en est pas moins que l’abeille sicilienne indigène doit posséder une énergie extraordinaire et une longévité exceptionnelle, sans quoi elle ne survivrait pas aux longues périodes de famine. Elle a la réputation d’avoir mauvais caractère; nous avons pu en manier sans protection aucune — tout au moins les colonies examinées dans les régions de Noto et Raguse. Par contre, nous sommes tombés en Sicile Centrale sur certaines colonies terriblement méchantes. On nous a assuré que la sicula est peu encline au pillage, voire ne pillerait pas du tout — ce qui, si c’est vrai, serait un trait fort précieux. Ce n’est que l’épreuve à nos ruchers qui révélera les vraies propriétés de cette abeille et déterminera, et son mérite comme productrice de miel dans ce pays, et sa valeur possible en vue du croisement.

Dans beaucoup d’endroits de la Sicile, on fait de l’apiculture aussi primitive qu’elle dut l’être, pour autant que nous le sachions, dans la lointaine antiquité. Par-ci, par-là, on trouve des cadres mobiles, mais la majorité des colonies est hébergée en caisses à rayons fixes. Elles sont confectionnées, soit en bois, soit, plus souvent, en tiges de fenouil géant (Ferula thyrsifolia), d’où le nom des ruches : « férula ». Les tiges ont environ 4 centimètres de diamètre et sont extrêmement légères, comme du bouchon dont elles ont très certainement la capacité isolante. Construites en bois, ou en fenouil, les caisses ont environ 25 cm de côté et environ 75 cm de long. Les deux extrémités sont fermées par une planche bien ajustée. L’espace occupé par les abeilles peut être réduit, si nécessaire, en enfonçant la planche de derrière vers le centre de la ruche. Ces caisses sont invariablement empilées, cinq l’une sur l’autre en général et il arrive que jusqu’à vingt piles soient mises côte à côte, formant un bloc énorme. Un abri ouvert, en pierres, toit de tuiles incliné, donne la protection nécessaire contre le soleil et la pluie. Toutes les manipulations se font vers l’avant : les caisses sont tirées et remises en place suivant nécessité. A la récolte, les abeilles ne sont pas détruites mais seulement refoulées à l’avant au moyen de fumée. La ruche « ferula » est typiquement sicilienne et, à notre connaissance, ce mode de construction ne se trouve nulle part ailleurs.

La flore nectarifère de Sicile est nettement subtropicale. Les sources principales sont : citronnier, oranger, mandarinier, acacia et caroubier, thym de montagne et oléandre, plus un certain nombre de sources de moindre importance.

L’Allemagne Editar

  • La Belgique Apicole 17(6), 1953, p:168-172

Nous rendant en Autriche, le 12 avril, nous rendîmes visite à Lindau, sur la rive est du lac de Constance, au Professeur Ludwig ARMBRUSTER, un des maîtres les plus éminents du monde, en apiculture. En son temps, il avait été directeur de l’Institut de Recherches apicoles de Berlin-Dalhem et éditeur de l’éminente « Archiv für Bienenkunde ». La retraite du Professeur ARMBRUSTER, à Lindau, résulte du « non » qu’en homme de haute conscience et en défenseur intégral de la Vérité, il avait opposé à Hitler en 1933.

Quand nous disons « maîtres », nous considérons ces hommes, relativement peu nombreux en apiculture qui, dépassant les hommes de science dont les contributions et découvertes ont sans doute fait avancer la connaissance de la culture de l’abeille dans la sphère plus ou moins restreinte de leurs recherches, ont eu le don d’embrasser les fondements mêmes de l’apiculture. Ces hommes, grâce à leur vaste vision et à leur jugement, sont capables de tracer une route nette au travers du dédale des considérations purement théoriques, des préjugés, voire des déserts de l’apiculture pseudo-scientifique. Sur le plan strictement pratique de l’apiculture commerciale, je considère E.W. ALEXANDER, de Delanson, U.S.A. et R.F. HOLTERMAN, de Brantford, Canada, comme les maîtres nous ayant fourni les informations les plus précieuses. Du point de vue scientifique et théorique — surtout en tout ce qui touche l’hérédité et l’application des lois de MENDEL à l’élevage de l’abeille — ce sont les travaux du Prof. ARMBRUSTER qui ont été notre guide et notre inspiration la plus précieuse.

Son « Bienenzüchtungskunde », parue en 1919, fut notre guide dans l’élaboration de notre lignée. Son but était identique au nôtre : arriver à une lignée à rendement maximum pour un minimum de peine.

Il affirme, comme nous, que seul le croisement y mène, par le fait de combiner dans une seule lignée, autant que faire se peut, les caractères désirables des différentes races. Jamais la nature n’amènera une telle combinaison : il faut l’intervention directe de l’homme. Nous nous rendons parfaitement compte que ces vues et doctrines vont absolument à l’encontre des enseignements qui ont cours sur le Continent de façon fort répandue.

Le Prof. ARMBRUSTER, que nous n’avions encore jamais rencontré, s’offrit immédiatement à nous aider en toute manière et les quatre fois que nous allâmes le trouver l’an passé, nous l’avons chaque fois quitté nanti d’une masse de renseignements. Plus tard, à notre retour d’Autriche, il se fit notre guide dans la région avoisinant Lindau, dite l’Algèu. Cette région d’Allemagne méridionale rappelle à beaucoup d’égards le South Devon : climat, régime des pluies, flore. Le pissenlit, qui y transformait les prés en tapis doré au moment de notre visite, y est une source de nectar souvent prodigieuse. On a relevé un gain net de 7,5 kilos en un jour, performance étonnante vu l’extrême précocité de la saison.

A cette occasion, nous avons visité une des entreprises apicoles commerciales les plus remarquables d’Allemagne, la Firme Mack, à Illertissen : 1000 colonies et apiculture pastorale intensive.

Successivement, les colonies sont transportées dans les régions abondant en fruits, pissenlit, framboise, sainfoin, trèfle blanc et bruyère. Les forêts de pins, tout près, fournissent aussi une riche récolte de ce miel plus apprécié que celui d’origine florale. Toutes les ruches sont à parois simples, le nid à couvain contenant dix cadres d’une dimension voisine de celle du standard anglais. A la fin de la saison, toutes les ruches sont ramenées et hivernées en abris spécialement construits à cette fin. Ce système combine donc les avantages de l’apiculture de plein air en saison active et de l’hivernage en sécurité dans un pavillon. Il fut un temps à Illertissen où toutes les races et lignées européennes étaient, côte à côte essayées en vue de la production de miel. Finalement c’est une lignée donnée de Carnica qui fut retenue à l’exclusion de toute autre. La firme entretient un rucher d’isolement dans les Alpes bavaroises, pour y garder et assurer la pureté de cette race. Très certainement, cette affaire constitue l’opération commerciale la plus avancée et la plus réussie en Europe Centrale. Et ce fut une révélation que de constater ce que l’esprit d’entreprise, dégagé de tradition et de préjugé, a pu réaliser dans un pays où le rendement moyen par colonie est si incroyablement bas.

A beaucoup d’égards l’apiculture en Allemagne reste une énigme. Pour autant qu’il s’agisse de science apicole, l’Allemagne tenait la première place jusqu’à la dernière guerre; c’est un fait reconnu par les gens de science du monde entier. Mais en fait d’apiculture pratique, elle traînait en queue derrière la plupart des pays civilisés — à en juger au rendement. Celui-ci tourne autour de 4 kg de miel récolté par colonie annuellement. Je ne puis me mettre en tête que la rareté de la flore nectarifère soit seule cause de cette médiocrité. L’abeille indigène doit, dans quelque mesure, en être en partie responsable. L’abeille brune d’Europe Centrale est actuellement en voie d’extinction. Les lignées qui restent, s’il en subsiste, sont très rares. La Carnica a supplanté l’abeille cultivée jusqu’à il y a peu. Ce changement a été imposé par de pures nécessités économiques : c’est un pas dans la bonne direction, mais ce n’est qu’un premier pas. La culture de l’abeille est malheureusement empêtrée de tradition et de préjugé en Allemagne, et il lui manque une vision claire et des horizons vastes. Des considérations purement théoriques ont complètement obnubilé les considérations pratiques. Un regard sur un catalogue allemand de matériel fera voir immédiatement un tas effarouchant d’objets et de dispositifs — sans parler de la quantité de ruches différentes et de cadres de dimensions diverses. Il devient évident que les efforts les plus méritoires en vue de produire du miel seront vains dans ces conditions. La perfection en apiculture ne se trouve pas dans la multiplicité des engins, mais dans la simplicité et dans l’élimination le tout ce qui n’est pas absolument essentiel.

Notre premier soin en Allemagne a été d’étudier en détail l’élevage des reines tel qu’on le pratique dans ce pays. Rappelons qu’en dehors des pays de langue allemande, ce n’est que très récemment que les journaux de nos pays se sont mis, sauf exception, à traiter de l’élevage de races améliorées par le contrôle de la fécondation. D’autre part, des stations de fécondation ont fonctionné sur le Continent depuis plus d’un demi-siècle. Le Dr U. KRAMER a commencé « Die Rassenzucht der schweizer Imker » (L’élevage de races des apiculteurs suisses) en 1898. Le Professeur E. ZANDER a repris le mouvement en Allemagne. Depuis, des scientifiques éminents tout comme des apiculteurs de ces deux pays se sont voués à ce problème. Aucun doute que durant ces cinquante années, des renseignements de haute valeur n’aient été recueillis. Qu’il est donc immensément regrettable que cette masse considérable d’expérience et d’enseignements ne soit pas à portée de la plupart des apiculteurs en dehors des pays de langue allemande. Nous avons considéré comme partie intégrante de notre tâche de rassembler tout ce que nous avons pu comme information. Le Dr BIRKLEIN, Président de l’« Imkerbund » (Association des Apiculteurs), nous a rendu le signalé service de nous ménager une visite aux instituts principaux de recherches : Erlangen, Francfort, Marburg, Celle et Freiburg.

Erlangen, le plus connu, reçut notre première visite, le 16 octobre; Erlangen et ZANDER sont synonymes pour le monde apicole tout entier. Le Professeur ZANDER est à considérer comme le créateur de cet institut de recherche et comme le fondateur du mouvement en vue d’élever en Allemagne une abeille indigène améliorée. Selon lui, la Nigra possédait les meilleurs caractères qu’une abeille allemande représentative pût offrir. La Nigra varie de couleur, du noir comme jais au brun. ZANDER jeta son dévolu sur la noire jais. Les déceptions n’aillaient pas lui être épargnées. Il n’en reste pas moins qu’Erlangen continue à être à ce jour un des rares bastions de la « Nigra », hors de Suisse. Le Dr ZANDER s’est retiré récemment, après près d’un demi-siècle consacré à l’apiculture. Le nouveau directeur est le Dr F.K. BOTTCHER, qu’assistent les Drs HIRSCHFELDER et OSTERHOLZER.

Avec le Dr BIRKLEIN, nous allâmes voir ensuite le Dr H. GONTARSKI, chef de l’institut de recherches apicoles annexé à l’Université de Francfort. Bien connu pour ses travaux sur le Nosema, mais ayant en outre embrassé un vaste domaine de recherches, le Dr GONTARSKI poursuit courageusement ses études dans des conditions encore précaires pour le moment, les armées américaines ayant pris possession des laboratoires en 1945.

Puis ce fut le tour de Marburg. Le Dr DREHER, son directeur, a aussi la charge de l’organisme central du « Imkerbund » contrôlant l’élevage. En cette matière, il possède de vastes connaissances théoriques et pratiques : ses opinions et ses articles sont dignes d’attention. L’institut élève chaque année un grand nombre de reines en vue d’aider les apiculteurs à s’assurer une lignée pure.

A Celle, aux confins de la bruyère de Lunebourg (directeur, Dr E. WOHLGEMUT, avec le Dr J. EVENIUS comme adjoint), tous les efforts convergent, comme dans les autres instituts vers l’amélioration de l’abeille. Pour assurer un contrôle absolu et la pureté de lignée, l’institut entretient une station de fécondation située dans une île de la Mer du Nord, face à la côte allemande.

Erlangen faisant exception, c’est la Carnica que nous avons trouvée à la place d’honneur dans toutes les stations de recherches allemandes. A Celle, cependant, trois races sont maintenues en vue d’expériences comparatives : la Nigra et une lignée d’italiennes en sus de la Carnica . Pour s’assurer de la valeur des comparaisons, il y a dans un rucher spécialement aménagé à cette fin, 23 colonies de chacune de ces races, soumises à des conditions identiques. Au cours des saisons 1948 et 1949, les moyennes relevées, provisions d’hiver comprises, donnaient, exprimées en pour cent : Ligustica  : 79,9 %; Nigra  : 85,8 %; Carnica  : 146,1 %. Les écarts sont très substantiels en valeur relative. Ce n’est que par épreuves comparatives de ce genre, poursuivies durant plusieurs années sur une échelle considérable, qu’il devient possible de déterminer la valeur réelle d’une race ou d’une lignée. De fait, faute de telles épreuves, et de contre-épreuves constantes, l’élevage des abeilles est un jeu de colin-maillard et aucun progrès n’est en réalité possible.

Comme déjà dit, l’abeille indigène d’Europe Centrale est en passe d’être rapidement supplantée par la Carnica . A l’institut de Mayen (Eifel), maintenant fermé, le Dr GOETZE a travaillé sur une lignée indigène dite « Hessen ». L’origine de cette lignée parait enveloppée d’obscurité : certains de ses caractères nous rappelaient l’ancienne indigène anglaise. Mais même le Dr GOETZE est maintenant en faveur de la Carnica . Les lignées commerciales les plus connues de cette abeille le sont sous les dénominations suivantes : Peschetz, Sklenar et Troisek. Toutes trois jouissent d’une faveur approximativement égale en Allemagne. Conclusion de ce Premier Voyage

A la suite de presque un demi-siècle d’efforts incessants, déployés à améliorer l’abeille indigène, un changement complet s’est opéré en faveur de la Carnica. La grande œuvre entreprise par le Dr KRAMER, en 1898 n’en en a pas pour la cause perdu son élan. Mais les résultats nets obtenus au cours de ces années ont fait naître des doutes, des hésitations, de l’incertitude. Le système de sélection « Körsystem » mis en train sous l’ère nazie, paraît avoir sonné le glas pour l’abeille indigène allemande. Ce système était basé sur la supposition que certains caractères externes de l’abeille signalaient infailliblement ce qu’était sa valeur en tant que productrice de miel. La sélection basée sur un assortiment prédéterminé de caractères externes, ne tenant pas compte d’enquêtes comparatives entre colonies, était nécessairement vouée à la faillite. Je ne crois pas cependant que seul le « Körsystem » soit responsable de la déchéance des lignées indigènes en Allemagne. Sur la foi de notre expérience, fondée sur vingt-six années d’accouplements contrôlés, nous pensons que le plan d’où partit le Dr KRAMER était établi sur une base trop étroite et sur un certain nombre de suppositions erronées.

On enseigne encore couramment sur le Continent qu’il importe de n’utiliser, à aucun prix, pour l’élevage, une reine dont la colonie aurait donné une récolte exceptionnelle. Ceci parce qu’on ne peut se fier à ce que ces reines transmettent cette exceptionnelle capacité de production de miel à leur descendance. Les colonies à récolte record sont dites « Blender » (éblouissantes — dont le rendement rend aveugle); une performance de ce genre n’est pas basée sur l’hérédité mais seulement sur des circonstances fortuites. Si bien qu’une reine d’une colonie de cette espèce, prise comme éleveuse, ne conduira qu’à l’échec et au désappointement. Par contre, on accorde le plus haut prix à la performance médiocre ...

Il y a certainement un grain de vérité dans ces assertions : des récoltes exceptionnelles peuvent être purement accidentelles, ou peuvent résulter d’un croisement dont aucun signe visible n’apparaît dans les caractères externes des abeilles. Néanmoins, c’est un des axiomes en élevage, quand il s’agit de matériel homozygote, que « pareil engendre pareil ». Mais la génétique moderne a montré que, dans le cas d’organismes se reproduisant sexuellement, il n’y a pour ainsi dire pas de cas d’uniformité absolue. Une certaine variation va donc apparaître, que nous élevions sur ruche médiocre ou sur ruche exceptionnelle. Et cependant, par élimination constante de la performance exceptionnelle, un réel progrès en fait d’élevage est impossible. Pour faire de cette progression une certitude, il est de toute importance qu’il soit fait usage d’une quantité de reines pour l’élevage, chaque année, pour deux raisons : il n’existe pas de moyen d’avoir la certitude que, parmi un nombre donné de reines à performance également élevée, on puisse par avance déterminer celle qui s’avérera la meilleure éleveuse. Deuxièmement, quand on a recours à une quantité d’éleveuses, on est en mesure de faire subir des épreuves comparatives à leur progéniture, et le résultat effectif en déterminera la conclusion. Sans épreuves comparatives continuelles, l’élevage de reines est un jeu sans espoir.

Cette vérité s’applique tout aussi bien à la pratique consistant à se servir d’une seule colonie à mâles par station d’élevage, comme recommandé sur le Continent. Ici, même incertitude sur le point de savoir quelle colonie ou quelle reine donnera les meilleurs mâles. Si une erreur est commise dans ce choix, le dommage en résultant est irréparable. Aussi entretenons-nous trois ou quatre colonies à notre rucher d’isolement. Il faut nécessairement que les reines à la tête de ces colonies soient sœurs, des sœurs choisies, le cas échéant, entre les reines de cent ou de deux cents colonies. Les quatre reines sœurs ne sont probablement jamais absolument identiques génétiquement. Par suite, dans la descendance femelle des quatre lots de mâles, une variation plus accentuée et une sélection plus marquée sont assurées. En outre, comme quatre fois plus de mâles prennent l’air, une fécondation plus certaine et plus rapide va intervenir que s’il en allait autrement.

La valeur des stations de fécondation, telle qu’on les conduit en Autriche, Allemagne et Suisse, est actuellement mise en doute par beaucoup des autorités les plus en vue du Continent. Après cinquante années d’efforts incessants, une décadence des lignées s’est produite au lieu d’une amélioration. Je suis d’avis que les suggestions que j’ai émises amèneront la solution de certains des problèmes qui ont défié ces années d’efforts. Il peut paraître présomptueux de ma part d’avancer ces suggestions. Cependant, nous avons passé par toute la séquelle de difficultés que comporte la conduite d’un rucher d’isolement, et nous sommes en mesure d’enregistrer un progrès, bien que nos méthodes divergent totalement de celles appliquées sur le Continent.

Des fautes ont été commises sur le Continent, dans l’élevage contrôlé des abeilles. Elles ont coûté fort cher. Cela n’empêche qu’un vaste fond d’expérience pratique et de connaissances de valeur inestimable, a été accumulé. Le reste du monde fera bien de venir y puiser.

Nous étions au bout de notre tâche le 26 octobre. Le lendemain matin, nous quittions Baden-Baden sous une neige intermittente. La température était tombée aux environs de zéro : l’hiver était arrivé durant la nuit. Nous avions terminé la première partie de notre enquête sans avoir eu un jour de trop.

Véase también Editar

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