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L'Encyclopédie de Diderot & d'Alembert, 1758.

ABEILLE Editar

S. f. insecte de l'espece des mouches. Il y en a de trois sortes: la premiere & la plus nombreuse des trois est l'abeille commune: la seconde est moins abondante; ce sont les faux-bourdons ou mâles: enfin la troisieme est la plus rare, ce sont les femelles.

Les abeilles femelles que l'on appelle reines ou meres abeilles, étoient connues des anciens sous le nom de rois des abeilles, parce qu'autrefois on n'avoit pas distingué leur sexe : mais aujourd'hui il n'est plus équivoque. On les a vû pondre des oeufs, & on en trouve aussi en grande quantité dans leur corps. Il n'y a ordinairement qu'une reine dans une ruche ; ainsi il est très-difficile de la voir : cependant on pourroit la reconnoître assez aisément, parce qu'elle est plus grande que les autres ; sa tête est plus allongée, & ses aîles sont très-courtes par rapport à son corps ; elles n'en couvrent guere que la moitié ; au contraire celles des autres abeilles couvrent le corps en entier. La reine est plus longue que les mâles : mais elle n'est pas aussi grosse. On a prétendu autrefois qu'elle n'avoit point d'aiguillon : cependant Aristote le connoissoit ; mais il croyoit qu'elle ne s'en servoit jamais. Il est aujourd'hui très-certain que les abeilles femelles ont un aiguillon même plus long que celui des ouvrieres ; cet aiguillon est recourbé. Il faut avouer qu'elles s'en servent fort rarement, ce n'est qu'après avoir été irritées pendant long-tems : mais alors elles piquent avec leur aiguillon, & la piquûre est accompagnée de venin comme celle des abeilles communes. Il ne paroît pas que la mere abeille ait d'autre emploi dans la ruche que celui de multiplier l'espece, ce qu'elle fait par une ponte fort abondante ; car elle produit dix à douze mille oeufs en sept semaines, & communément trente à quarante mille par an.

On appelle les abeilles mâles faux bourdons pour les distinguer de certaines mouches que l'on connoit sous le nom de bourdons. Voyez BOURDON.

On ne trouve ordinairement des mâles dans les ruches que depuis le commencement ou le milieu du mois de Mai jusque vers la fin du mois de Juillet ; leur nombre se multiplie de jour en jour pendant ce tems, à la fin duquel ils périssent subitement de mort violente, comme on le verra dans la suite.

Les mâles sont moins grands que la reine, & plus grands que les ouvrieres ; ils ont la tête plus ronde, ils ne vivent que de miel, au lieu que les ouvrieres mangent souvent de la cire brute. Dès que l'aurore paroît, celles-ci partent pour aller travailler, les mâles sortent bien plus tard ; & c'est seulement pour voltiger autour de la ruche, sans travailler. Ils rentrent avant le serein & la fraîcheur du soir ; ils n'ont ni aiguillon, ni patelles, ni dents saillantes comme les ouvrieres. Leurs dents sont petites, plates & cachées, leur trompe est aussi plus courte & plus déliée : mais leurs yeux sont plus grands & beaucoup plus gros que ceux des ouvrieres : ils couvrent tout le dessus de la partie supérieure de la tête, au lieu que les yeux des autres forment simplement une espece de bourlet de chaque côté.

On trouve dans certains tems des faux-bourdons qui ont à leur extrémité postérieure deux cornes charnues aussi longues que le tiers ou la moitié de leur corps : il paroit aussi quelquefois entre ces deux cornes un corps charnu qui se recourbe en haut. Si ces parties ne sont pas apparentes au dehors, on peut les faire sortir en pressant le ventre du faux-bourdon ; si on l'ouvre, on voit dans des vaisseaux & dans des reservoirs une liqueur laiteuse, qui est vraisemblablement la liqueur séminale. On croit que toutes ces parties sont celles de la génération ; car on ne les trouve pas dans les abeilles meres, ni dans les ouvrieres. L'unique emploi que l'on connoisse aux mâles, est de féconder la reine ; aussi dès que la ponte est finie, les abeilles ouvrieres les chassent & les tuent.

Il y a des abeilles qui n'ont point de sexe. En les disséquant on n'a jamais trouvé dans leurs corps aucune partie qui eût quelque rapport avec celles qui caractérisent les abeilles mâles ou les femelles. On les appelle mulets ou abeilles communes, parce qu'elles sont en beaucoup plus grand nombre que celles qui ont un sexe. Il y en a dans une seule ruche jusqu'à quinze ou seize mille, & plus ; tandis qu'on n'y trouve quelquefois que deux ou trois cens mâles, quelquefois sept ou huit cens, ou mille au plus.

On désigne aussi les abeilles communes par le nom d'ouvrieres, parce qu'elles font tout l'ouvrage qui est nécessaire pour l'entretien de la ruche, soit la récolte du miel & de la cire, soit la construction des alvéoles ; elles soignent les petites abeilles : enfin elles tiennent la ruche propre, & elles écartent tous les animaux étrangers qui pourroient être nuisibles. La tête des abeilles communes est triangulaire ; la pointe du triangle est formée par la rencontre de deux dents posées horisontalement l'une à côté de l'autre, longues, saillantes & mobiles. Ces dents servent à la construction des alvéoles : aussi sont-elles plus fortes dans les abeilles ouvrieres que dans les autres. Si on écarte ces deux dents, on voit qu'elles sont comme des especes de cuillieres dont la concavité est en-dedans. Les abeilles ont quatre aîles, deux grandes & deux petites ; en les levant, on trouve de chaque côté auprès de l'origine de l'aîle de dessous en tirant vers l'estomac, une ouverture ressemblante à une bouche ; c'est l'ouverture de l'un des poumons : il y en a une autre sous chacune des premieres jambes, desorte qu'il y a quatre ouvertures sur le corcelet (V. CORCELET), & douze autres de part & d'autre sur les six anneaux qui composent le corps : ces ouvertures sont nommées stigmates. Voyez STIGMATES.

L'air entre par ces stigmates, & circule dans le corps par le moyen d'un grand nombre de petits canaux ; enfin il en sort par les pores de la peau. Si on tiraille un peu la tête de l'abeille, on voit qu'elle ne tient à la poitrine ou corcelet que par un cou très-court, & le corcelet ne tient au corps que par un filet très-mince. Le corps est couvert en entier par six grandes pieces écailleuses, qui portent en recouvrement l'une sur l'autre, & forment six anneaux qui laissent au corps toute sa souplesse. On appelle antennes (Voyez ANTENNES) ces especes de cornes mobiles & articulées qui sont sur la tête, une de chaque côté ; les antennes des mâles n'ont que onze articulations, celles des autres en ont quinze.

L'abeille a six jambes placées deux à deux en trois rangs ; chaque jambe est garnie à l'extrémité de deux grands ongles & de deux petits, entre lesquels il y a une partie molle & charnue. La jambe est composée de cinq pieces, les deux premieres sont garnies de poils ; la quatrieme piece de la seconde & de la troisieme paire est appellée la brosse : cette partie est quarrée, sa face extérieure est rase & lisse, l'intérieure est plus chargée de poils que nos brosses ne le sont ordinairement, & ces poils sont disposés de la même façon. C'est avec ces sortes de brosses que l'abeille ramasse les poussieres des étamines qui tombent sur son corps, lorsqu'elle est sur une fleur pour faire la récolte de la cire. Voyez CIRE. Elle en fait de petites pelotes qu'elle transporte à l'aide de ses jambes sur la palette qui est la troisieme partie des jambes de la troisieme paire. Les jambes de devant transportent à celles du milieu ces petites masses ; celles-ci les placent & les empilent sur la palette des jambes de derriere.

Cette manoeuvre se fait avec tant d'agilité & de promptitude, qu'il est impossible d'en distinguer les mouvemens lorsque l'abeille est vigoureuse. Pour bien distinguer cette manoeuvre de l'abeille, il faut l'observer lorsqu'elle est affoiblie & engourdie par la rigueur d'une mauvaise saison. Les palettes sont de figure triangulaire ; leur face extérieure est lisse & luisante, des poils s'élevent au-dessus des bords ; comme ils sont droits, roides & serrés, & qu'ils l'environnent, ils forment avec cette surface une espece de corbeille : c'est-là que l'abeille dépose, à l'aide de ses pattes, les petites pelotes qu'elle a formées avec les brosses ; plusieurs pelotes réunies sur la palette font une masse qui est quelquefois aussi grosse qu'un grain de poivre.

La trompe de l'abeille est une partie qui se développe & qui se replie. Lorsqu'elle est dépliée, on la voit descendre du dessous des deux grosses dents saillantes qui sont à l'extrémité de la tête. La trompe paroît dans cet état comme une lame assez épaisse, très-luisante & de couleur châtain. Cette lame est appliquée contre le dessous de la tête : mais on n'en voit alors qu'une moitié qui est repliée sur l'autre ; lorsque l'abeille la déplie, l'extrémité qui est du côté des dents s'éleve, & on apperçoit alors celle qui étoit dessous. On découvre aussi par ce déplacement la bouche & la langue de l'abeille qui sont au-dessus des deux dents. Lorsque la trompe est repliée, on ne voit que les étuis qui la renferment.

Pour développer & pour examiner cet organe, il faudroit entrer dans un grand détail. Il suffira de dire ici que c'est par le moyen de cet organe que les abeilles recueillent le miel ; elles plongent leur trompe dans la liqueur miellée pour la faire passer sur la surface extérieure. Cette surface de la trompe forme avec les étuis un canal par lequel le miel est conduit : mais c'est la trompe seule qui étant un corps musculeux, force par ses différentes inflexions & mouvemens vermiculaires la liqueur d'aller en avant, & qui la pousse vers le gosier.

Les abeilles ouvrieres ont deux estomacs ; l'un reçoit le miel, & l'autre la cire : celui du miel a un cou qui tient lieu d'oesophage, par lequel passe la liqueur que la trompe y conduit, & qui doit s'y changer en miel parfait : l'estomac où la cire brute se change en vraie cire, est au-dessous de celui du miel. Voyez CIRE, MIEL.

L'aiguillon est caché dans l'état de repos ; pour le faire sortir, il faut presser l'extrémité du corps de l'abeille. On le voit paroître accompagné de deux corps blancs qui forment ensemble une espece de boîte, dans laquelle il est logé lorsqu'il est dans le corps. Cet aiguillon est semblable à un petit dard qui, quoique très-délié, est cependant creux d'un bout à l'autre. Lorsqu'on le comprime vers la base, on fait monter à la pointe une petite goutte d'une liqueur extrèmement transparente ; c'est-là ce qui envenime les plaies que fait l'aiguillon. On peut faire une équivoque par rapport à l'aiguillon comme par rapport à la trompe, ce qui paroît être l'aiguillon n'en est que l'étui ; c'est par l'extrémité de cet étui que l'aiguillon sort, & qu'il est dardé en même tems que la liqueur empoisonnée. De plus, cet aiguillon est double ; il y en a deux à côté qui jouent en même tems, ou séparément au gré de l'abeille ; ils sont de matiere de corne ou d'écaille, leur extrémité est taillée en scie, les dents sont inclinées de chaque côté, de sorte que les pointes sont dirigées vers la base de l'aiguillon, ce qui fait qu'il ne peut sortir de la plaie sans la déchirer ; ainsi il faut que l'abeille le retire avec force. Si elle fait ce mouvement avec trop de promptitude, l'aiguillon casse & il reste dans la plaie ; & en se séparant du corps de l'abeille, il arrache la vessie qui contient le venin, & qui est posée au-dedans à la base de l'aiguillon. Une partie des entrailles sort en même tems, ainsi cette séparation de l'aiguillon est mortelle pour la mouche. L'aiguillon qui reste dans la plaie a encore du mouvement quoique séparé du corps de l'abeille ; il s'incline alternativement dans des sens contraires, & il s'enfonce de plus en plus.

La liqueur qui coule dans l'étui de l'aiguillon est un véritable venin, qui cause la douleur que l'on éprouve lorsque l'on a été piqué par une abeille. Si on goûte de ce venin, on le sent d'abord douçâtre ; mais il devient bientôt acre & brûlant ; plus l'abeille est vigoureuse, plus la douleur de la piquûre est grande. On sait que dans l'hyver on en souffre moins que dans l'été, toutes choses égales de la part de l'abeille : il y a des gens qui sont plus ou moins sensibles à cette piquûre que d'autres. Si l'abeille pique pour la seconde fois, elle fait moins de mal qu'à la premiere fois, encore moins à une troisieme ; enfin le venin s'épuise, & alors l'abeille ne se fait presque plus sentir. On a toûjours cru qu'un certain nombre de piquûres faites à la fois sur le corps d'un animal pourroient le faire mourir ; le fait a été confirmé plusieurs fois ; on a même voulu déterminer le nombre de piquûres qui seroit nécessaire pour faire mourir un grand animal ; on a aussi cherché le remede qui détruiroit ce venin : mais on a trouvé seulement le moyen d'appaiser les douleurs en frottant l'endroit blessé avec de l'huile d'olive, ou en y appliquant du persil pilé. Quoi qu'il en soit du remede, il ne faut jamais manquer en pareil cas de retirer l'aiguillon, s'il est resté dans la plaie comme il arrive presque toûjours. Au reste la crainte des piquûres ne doit pas empêcher que l'on approche des ruches : les abeilles ne piquent point lorsqu'on ne les irrite pas ; on peut impunément les laisser promener sur sa main ou sur son visage, elles s'en vont d'elles-mêmes sans faire de mal ; au contraire, si on les chasse, elles piquent pour se défendre.

Pour suivre un ordre dans l'histoire succincte des abeilles que l'on va faire ici, il faut la commencer dans le tems où la mere abeille est fécondée. Elle peut l'être dès le quatrieme ou cinquieme jour après celui où elle est sortie de l'état de nymphe pour entrer dans celui de mouche, comme on le dira dans la suite. Il seroit presque impossible de voir dans la ruche l'accouplement des abeilles, parce que la reine reste presque toûjours dans le milieu, où elle est cachée par les gâteaux de cire, & par les abeilles qui l'environnent. On a tiré de la ruche des abeilles meres, & on les a mises avec les mâles dans des bocaux pour voir ce qui s'y passeroit.

On est obligé pour avoir une mere abeille de plonger une ruche dans l'eau, & de noyer à demi toutes les abeilles, ou de les enfumer, afin de pouvoir les examiner chacune séparément pour reconnoître la mere. Lorsqu'elle est revenue de cet état violent, elle ne reprend pas d'abord assez de vivacité pour être bien disposée à l'accouplement. Ce n'est donc que par des hasards que l'on en peut trouver qui fassent réussir l'expérience ; il faut d'ailleurs que cette mere soit jeune ; de plus il faut éviter le tems où elle est dans le plus fort de la ponte. Dès qu'on présente un mâle à une mere abeille bien choisie, aussitôt elle s'en approche, le lêche avec sa trompe, & lui présente du miel : elle le touche avec ses pattes, tourne autour de lui, se place vis-à-vis, lui brosse la tête avec ses jambes, &c. Le mâle reste quelquefois immobile pendant un quart-d'heure ; & enfin il fait à peu près les mêmes choses que la femelle ; celle-ci s'anime alors davantage. On l'a vûe monter sur le corps du mâle ; elle recourba l'extrémité du sien, pour l'appliquer contre l'extrémité de celui du mâle, qui faisoit sortir les deux cornes charnues & la partie recourbée en arc. Supposé que cette partie soit, comme on le croit, celle qui opere l'accouplement, il faut nécessairement que l'abeille femelle soit placée sur le mâle pour la rencontrer, parce qu'elle est recourbée en haut ; c'est ce qu'on a observé pendant trois ou quatre heures. Il y eut plusieurs accouplemens, après quoi le mâle resta immobile : la femelle lui mordit le corcelet, & le soûleva en faisant passer sa tête sous le corps du mâle ; mais ce fut en vain, car il étoit mort. On présenta un autre mâle : mais la mere abeille ne s'en occupa point du tout, & continua pendant tout le reste du jour de faire différens efforts pour tâcher de ranimer le premier. Le lendemain elle monta de nouveau sur le corps du premier mâle, & se recourba de la même façon que la veille, pour appliquer l'extrémité de son corps contre celui du mâle. L'accouplement des abeilles ne consiste-t-il que dans cette jonction qui ne dure qu'un instant ? On présume que c'est la mere abeille qui attaque le mâle avec qui elle veut s'accoupler ; si c'étoit au contraire les mâles qui attaquassent cette femelle, ils seroient quelquefois mille mâles pour une femelle. Le tems de la fécondation doit être nécessairement celui où il y a des mâles dans la ruche ; il dure environ six semaines prises dans les mois de Mai & de Juin ; c'est aussi dans ce même tems que les essains quittent les ruches. Les reines qui sortent sont fécondées ; car on a observé des essains entiers dans lesquels il ne se trouvoit aucun mâle, par conséquent la reine n'auroit pû être fécondée avant la ponte qu'elle fait : aussi-tôt que l'essain est fixé quelque part, vingt-quatre heures après on trouve des oeufs dans les gâteaux.

Après l'accouplement, il se forme des oeufs dans la matrice de la mere abeille ; cette matrice est divisée en deux branches, dont chacune est terminée par plusieurs filets : chaque filet est creux ; c'est une sorte de vaisseau qui renferme plusieurs oeufs disposés à quelque distance les uns des autres dans toute sa longueur. Ces oeufs sont d'abord fort petits, ils tombent successivement dans les branches de la matrice, & passent dans le corps de ce viscere pour sortir au-dehors ; il y a un corps sphérique posé sur la matrice ; on croit qu'il en dégoutte une liqueur visqueuse qui enduit les oeufs, & qui les colle au fond des alvéoles, lorsqu'ils y sont déposés dans le tems de la ponte. On a estimé que chaque extrémité des branches de la matrice est composée de plus de 150 vaisseaux, & que chacun peut contenir dix-sept oeufs sensibles à l'oeil ; par conséquent une mere abeille prête à pondre, a cinq mille oeufs visibles. Le nombre de ceux qui ne sont pas encore visibles, & qui doivent grossir pendant la ponte, doit être beaucoup plus grand ; ainsi il est aisé de concevoir comment une mere abeille peut pondre dix à douze mille oeufs, & plus, en sept ou huit semaines.

Les abeilles ouvrieres ont un instinct singulier pour prévoir le tems auquel la mere abeille doit faire la ponte, & le nombre d'oeufs qu'elle doit déposer ; lorsqu'il surpasse celui des alvéoles qui sont faits, elles en ébauchent de nouveaux pour fournir au besoin pressant ; elles semblent connoître que les oeufs des abeilles ouvrieres sortiront les premiers, & qu'il y en aura plusieurs milliers ; qu'il viendra ensuite plusieurs centaines d'oeufs qui produiront des mâles ; & qu'enfin la ponte finira par trois ou quatre, & quelquefois par plus de quinze ou vingt oeufs d'où sortiront les femelles. Comme ces trois sortes d'abeilles sont de différentes grosseurs, elles y proportionnent la grandeur des alvéoles. Il est aisé de distinguer à l'oeil ceux des reines, & que l'on a appellés pour cette raison alvéoles royaux ; ils sont les plus grands. Ceux des faux bourdons sont plus petits que ceux des reines, mais plus grands que ceux des mulets ou abeilles ouvrieres.

La mere abeille distingue parfaitement ces différens alvéoles ; lorsqu'elle fait sa ponte, elle arrive environnée de dix ou douze abeilles ouvrieres, plus ou moins, qui semblent la conduire & la soigner ; les unes lui présentent du miel avec leur trompe, les autres la lêchent & la brossent. Elle entre d'abord dans un alvéole la tête la premiere, & elle y reste pendant quelques instans ; ensuite elle en sort, & y rentre à reculons ; la ponte est faite dans un moment. Elle en fait cinq ou six de suite, après quoi elle se repose avant que de continuer. Quelquefois elle passe devant un alvéole vuide sans s'y arrêter.

Le tems de la ponte est fort long ; car c'est presque toute l'année, excepté l'hyver. Le fort de cette ponte est au printems ; on a calculé que dans les mois de Mars & de Mai, la mere abeille doit pondre environ douze mille oeufs, ce qui fait environ deux cens oeufs par jour : ces douze mille oeufs forment en partie l'essain qui sort à la fin de Mai ou au mois de Juin, & remplacent les anciennes mouches qui font partie de l'essain ; car après sa sortie, la ruche n'est pas moins peuplée qu'au commencement de Mars.

Les oeufs des abeilles ont six fois plus de longueur que de diametre ; ils sont courbes, l'une de leurs extrémités est plus petite que l'autre : elles sont arrondies toutes les deux. Ces oeufs sont d'une couleur blanche tirant sur le bleu ; ils sont revêtus d'une membrane flexible, desorte qu'on peut les plier, & cela ne se peut faire sans nuire à l'embryon. Chaque oeuf est logé séparément dans un alvéole, & placé de façon à faire connoître qu'il est sorti du corps de la mere par le petit bout ; car cette extrémité est collée au fond de l'alvéole. Lorsque la mere ne trouve pas un assez grand nombre de cellules pour tous les oeufs qui sont prêts à sortir, elle en met deux ou trois, & même quatre dans un seul alvéole ; ils ne doivent pas y rester ; car un seul ver doit remplir dans la suite l'alvéole en entier. On a vû les abeilles ouvrieres retirer tous les œufs surnuméraires : mais on ne sait pas si elles les replacent dans d'autres alvéoles ; on ne croit pas qu'il se trouve dans aucune circonstance plusieurs oeufs dans les cellules royales.

La chaleur de la ruche suffit pour faire éclorre les oeufs ; souvent elle surpasse de deux degrés celle de nos étés les plus chauds : en deux ou trois jours l'oeuf est éclos ; il en sort un ver qui tombe dans l'alvéole. Dès qu'il a pris un peu d'accroissement, il se roule en cercle ; il est blanc, charnu, & sa tête ressemble à celle des vers à soie ; le ver est posé de façon qu'en se tournant, il trouve une sorte de gelée ou de bouillie qui est au fond de l'alvéole, & qui lui sert de nourriture. On voit des abeilles ouvrieres qui visitent plusieurs fois chaque jour les alvéoles où sont les vers : elles y entrent la tête la premiere, & y restent quelque tems. On n'a jamais pû voir ce qu'elles y faisoient : mais il est à croire qu'elles renouvellent la bouillie dont le ver se nourrit. Il vient d'autres abeilles qui ne s'arrêtent qu'un instant à l'entrée de l'alvéole, comme pour voir s'il ne manque rien au ver. Avant que d'entrer dans une cellule, elles passent successivement devant plusieurs ; elles ont un soin continuel de tous les vers qui viennent de la ponte de leur reine : mais si on apporte dans la ruche des gâteaux dans lesquels il y auroit des vers d'une autre ruche, elles les laissent périr, & même elles les entraînent dehors. Chacun des vers qui est né dans la ruche n'a que la quantité de nourriture qui lui est nécessaire, excepté ceux qui doivent être changés en reines ; il reste du superflu dans les alvéoles de ceux-ci. La quantité de la nourriture est proportionnée à l'âge du ver ; lorsqu'ils sont jeunes, c'est une bouillie blanchâtre, insipide comme de la colle de farine. Dans un âge plus avancé, c'est une gelée jaunâtre ou verdâtre qui a un goût de sucre ou de miel ; enfin lorsqu'ils ont pris tout leur accroissement, la nourriture a un goût de sucre mêlé d'acide. On croit que cette matiere est composée de miel & de cire que l'abeille a plus ou moins digérés, & qu'elle peut rendre par la bouche lorsqu'il lui plaît.

Il ne sort du corps des vers aucun excrément : aussi ont-ils pris tout leur accroissement en cinq ou six jours. Lorsqu'un ver est parvenu à ce point, les abeilles ouvrieres ferment son alvéole avec de la cire ; le couvercle est plat pour ceux dont il doit sortir des abeilles ouvrieres, & convexe pour ceux des faux bourdons. Lorsque l'alvéole est fermé, le ver tapisse l'intérieur de sa cellule avec une toile de soie : il tire cette soie de son corps au moyen d'une filiere pareille à celle des vers à soie, qu'il a au-dessous de la bouche. La toile de soie est tissue de fils qui sont très-proches les uns des autres, & qui se croisent ; elle est appliquée exactement contre les parois de l'alvéole. On en trouve où il y a jusqu'à vingt toiles les unes sur les autres ; c'est parce que le même alvéole a servi successivement à vingt vers, qui y ont appliqué chacun une toile : car lorsque les abeilles ouvrieres nettoyent une cellule où un ver s'est métamorphosé, elles enlevent toutes les dépouilles de la nymphe sans toucher à la toile de soie. On a remarqué que les cellules d'où sortent les reines ne servent jamais deux fois ; les abeilles les détruisent pour en bâtir d'autres sur leurs fondemens.

Le ver après avoir tapissé de soie son alvéole, quitte sa peau de ver ; & à la place de sa premiere peau, il s'en trouve une bien plus fine : c'est ainsi qu'il se change en nymphe. Voyez NYMPHE. Cette nymphe est blanche dans les premiers jours ; ensuite ses yeux deviennent rougeâtres, il paroît des poils ; enfin après environ quinze jours, c'est une mouche bien formée, & recouverte d'une peau qu'elle perce pour paroître au jour. Mais cette opération est fort laborieuse pour celles qui n'ont pas de force, comme il arrive dans les tems froids. Il y en a qui périssent après avoir passé la tête hors de l'enveloppe, sans pouvoir en sortir. Les abeilles ouvrieres qui avoient tant de soin pour nourrir le ver, ne donnent aucun secours à ces petites abeilles lorsqu'elles sont dans leurs enveloppes : mais dès qu'elles sont parvenues à en sortir, elles accourent pour leur rendre tous les services dont elles ont besoin. Elles leur donnent du miel, les lêchent avec leurs trompes & les essuient, car ces petites abeilles sont mouillées, lorsqu'elles sortent de leur enveloppe ; elles se sechent bien-tôt ; elles déployent les ailes ; elles marchent pendant quelque tems sur les gâteaux ; enfin elles sortent au-dehors, s'envolent ; & dès le premier jour elles rapportent dans la ruche du miel & de la cire.

Les abeilles se nourrissent de miel & de cire brute ; on croit que le mêlange de ces deux matieres est nécessaire pour que leurs digestions soient bonnes ; on croit aussi que ces insectes sont attaqués d'une maladie qu'on appelle le dévoiement, lorsqu'ils sont obligés de vivre de miel seulement. Dans l'état naturel, il n'arrive pas que les excrémens des abeilles qui sont toûjours liquides, tombent sur d'autres abeilles, ce qui leur feroit un très-grand mal ; dans le dévoiement ce mal arrive, parce que les abeilles n'ayant pas assez de force pour se mettre dans une position convenable les unes par rapport aux autres, celles qui sont au-dessus laissent tomber sur celles qui sont au-dessous une matiere qui gâte leurs ailes, qui bouche les organes de la respiration, & qui les fait périr.

Voilà la seule maladie des abeilles qui soit bien connue : on peut y remédier en mettant dans la ruche où sont les malades, un gâteau que l'on tire d'une autre ruche, & dont les alvéoles sont remplis de cire brute ; c'est l'aliment dont la disette a causé la maladie ; on pourroit aussi y suppléer par une composition : celle qui a paru la meilleure se fait avec une demi-livre de sucre, autant de bon miel, une chopine de vin rouge, & environ un quarteron de fine farine de féve. Les abeilles courent risque de se noyer en bûvant dans des ruisseaux ou dans des réservoirs dont les bords sont escarpés. Pour prévenir cet inconvénient, il est à propos de leur donner de l'eau dans des assiettes autour de leur ruche. On peut reconnoître les jeunes abeilles & les vieilles par leur couleur. Les premieres ont les anneaux bruns & les poils blancs ; les vieilles ont au contraire les poils roux & les anneaux d'une couleur moins brune que les jeunes. Celles-ci ont les ailes saines & entieres ; dans un âge plus avancé, les ailes se frangent & se déchiquetent à force de servir. On n'a pas encore pû savoir quelle étoit la durée de la vie des abeilles : quelques auteurs ont prétendu qu'elles vivoient dix ans ; d'autres sept ; d'autres enfin ont rapproché de beaucoup le terme de leur mort naturelle, en le fixant à la fin de la premiere année : c'est peut-être l'opinion la mieux fondée ; il seroit difficile d'en avoir la preuve ; car on ne pourroit pas garder une abeille séparément des autres : ces insectes ne peuvent vivre qu'en société.

Après avoir suivi les abeilles dans leurs différens âges, il faut rapporter les faits les plus remarquables dans l'espece de société qu'elles composent. Une ruche ne peut subsister, s'il n'y a une abeille mere ; & s'il s'en trouve plusieurs, les abeilles ouvrieres tuent les surnuméraires. Jusqu'à ce que cette exécution soit faite, elles ne travaillent point, tout est en desordre dans la ruche. On trouve communément des ruches qui ont jusqu'à seize ou dix-huit mille habitans ; ces insectes travaillent assidûment tant que la température de l'air le leur permet. Elles sortent de la ruche dès que l'aurore paroît ; au printems, dans les mois d'Avril & de Mai, il n'y a aucune interruption dans leurs courses depuis quatre heures du matin jusqu'à huit heures du soir ; on en voit à tout instant sortir de la ruche & y rentrer chargées de butin. On a compté qu'il en sortoit jusqu'à cent par minute, & qu'une seule abeille pouvoit faire cinq, & même jusqu'à sept voyages en un jour. Dans les mois de Juillet & d'Août, elles rentrent ordinairement dans la ruche pour y passer le milieu du jour ; on ne croit pas qu'elles craignent pour elles-mêmes la grande chaleur, c'est plûtôt parce que l'ardeur du soleil ayant desséché les étamines des fleurs, il leur est plus difficile de les pelotonner ensemble pour les transporter ; aussi celles qui rencontrent des plantes aquatiques qui sont humides, travaillent à toute heure.

Il y a des tems critiques où elles tâchent de surmonter tout obstacle, c'est lorsqu'un essain s'est fixé dans un nouveau gîte ; alors il faut nécessairement construire des gâteaux ; pour cela elles travaillent continuellement ; elles iroient jusqu'à une lieue pour avoir une seule pelote de cire. Cependant la pluie & l'orage sont insurmontables ; dès qu'un nuage paroît l'annoncer, on voit les abeilles se rassembler de tous côtés, & rentrer avec promptitude dans la ruche. Celles qui rapportent du miel ne vont pas toûjours le déposer dans les alvéoles ; elles le distribuent souvent en chemin à d'autres abeilles qu'elles rencontrent ; elles en donnent aussi à celles qui travaillent dans la ruche, & même il s'en trouve qui le leur enlevent de force.

Les abeilles qui recueillent la cire brute, l'avalent quelquefois pour lui faire prendre dans leur estomac la qualité de vraie cire : mais le plus souvent elles la rapportent en pelotes, & la remettent à d'autres ouvrieres qui l'avalent pour la préparer ; enfin la cire brute est aussi déposée dans les alvéoles. L'abeille qui arrive chargée entre dans un alvéole, détache avec l'extrémité de ses jambes du milieu les deux pelotes qui tiennent aux jambes de derriere, & les fait tomber au fond de l'alvéole. Si cette mouche quitte alors l'alvéole, il en vient une autre qui met les deux pelotes en une seule masse qu'elle étend au fond de la cellule ; peu-à-peu elle est remplie de cire brute, que les abeilles pétrissent de la même façon, & qu'elles détrempent avec du miel. Quelque laborieuses que soient les abeilles, elles ne peuvent pas être toûjours en mouvement ; il faut bien qu'elles prennent du repos pour se délasser : pendant l'hyver, ce repos est forcé ; le froid les engourdit, & les met dans l'inaction : alors elles s'accrochent les unes aux autres par les pattes, & se suspendent en forme de guirlande.

Les abeilles ouvrieres semblent respecter la mere abeille, & les abeilles mâles seulement, parce qu'elles sont nécessaires pour la multiplication de l'espece. Elles suivent la reine, parce que c'est d'elle que sortent les oeufs : mais elles n'en reconnoissent qu'une, & elles tuent les autres ; une seule produit une assez grande quantité d'oeufs. Elles fournissent des alimens aux faux-bourdons pendant tout le tems qu'ils sont nécessaires pour féconder la reine : mais dès qu'elle cesse de s'en approcher, ce qui arrive dans le mois de Juin, dans le mois de Juillet, ou dans le mois d'Août, les abeilles ouvrieres les tuent à coups d'aiguillon, & les entraînent hors de la ruche : elles sont quelquefois deux, trois, ou quatre ensemble pour se défaire d'un faux-bourdon. En même tems elles détruisent tous les oeufs & tous les vers dont il doit sortir des faux-bourdons ; la mere abeille en produira dans sa ponte un assez grand nombre pour une autre génération. Les abeilles ouvrieres tournent aussi leur aiguillon contre leurs pareilles ; & toutes les fois qu'elles se battent deux ensemble, il en coûte la vie à l'une, & souvent à toutes les deux, lorsque celle qui a porté le coup mortel ne peut pas retirer son aiguillon ; il y a aussi des combats généraux dont on parlera au mot ESSAIN.

Les abeilles ouvrieres se servent encore de leur aiguillon contre tous les animaux qui entrent dans leur ruche, comme des limaces, des limaçons, des scarabés, &c. Elles les tuent & les entraînent dehors. Si le fardeau est au-dessus de leur force, elles ont un moyen d'empêcher que la mauvaise odeur de l'animal ne les incommode ; elles l'enduisent de propolis, qui est une résine qu'elles employent pour espalmer la ruche. Voyez PROPOLIS. Les guêpes & les frêlons tuent les abeilles, & leur ouvrent le ventre pour tirer le miel qui est dans leurs entrailles ; elles pourroient se défendre contre ces insectes, s'ils ne les attaquoient par surprise : mais il leur est impossible de résister aux moineaux qui en mangent une grande quantité, lorsqu'ils sont dans le voisinage des ruches. Voyez Mousset, Swammerdam, les Mémoires de M. Maraldi dans le Recueil de l'Académie Royale des Sciences, & le cinquieme volume des Mémoires pour servir à l'histoire des Insectes, par M. de Reaumur, dont cet abregé a été tiré en grande partie. Voyez ALVEOLE, ESSAIN, GATEAU, PROPOLIS, RUCHE, INSECTE.

Il y a plusieurs especes d'abeilles différentes de celles qui produisent le miel & la cire ; l'une des principales especes, beaucoup plus grosse que les abeilles, est connue sous le nom de bourdon. Voyez BOURDON.

Les abeilles que l'on appelle perce-bois, sont presque aussi grosses que les bourdons ; leur corps est applati & presque ras : elles sont d'un beau noir luisant, à l'exception des ailes dont la couleur est violette. On les voit dans les jardins dès le commencement du printems, & on entend de loin le bruit qu'elles font en volant : elles pratiquent leur nid dans des morceaux de bois sec qui commencent à se pourrir ; elles y percent des trous avec leurs dents ; d'où vient leur nom de perce-bois. Ces trous ont douze à quinze pouces de longueur, & sont assez larges pour qu'elles puissent y passer librement. Elles divisent chaque trou en plusieurs cellules de sept ou huit lignes de longueur ; elles sont séparées les unes des autres par une cloison faite avec de la sciûre de bois & une espece de colle. Avant que de fermer la premiere piece, l'abeille y dépose un oeuf, & elle y met une pâtée composée d'étamines de fleurs, humectée de miel, qui sert de nourriture au ver lorsqu'il est éclos. La premiere cellule étant fermée, elle fait les mêmes choses dans la seconde, & successivement dans toutes les autres ; le ver se métamorphose dans la suite en nymphe ; & il sort de cette nymphe une mouche qui va faire d'autres trous, & pondre de nouveaux oeufs, si c'est une femelle.

Une autre espece d'abeille construit son nid avec une sorte de mortier. Les femelles sont aussi noires que les abeilles perce-bois & plus velues ; on voit seulement un peu de couleur jaunâtre en-dessous à leur partie postérieure : elles ont un aiguillon pareil à celui des mouches à miel ; les mâles n'en ont point, ils sont de couleur fauve ou rousse. Les femelles construisent seules les nids, sans que les mâles y travaillent : ces nids n'ont que l'apparence d'un morceau de terre, gros comme la moitié d'un oeuf collé contre un mur ; ils sont à l'exposition du midi. Si on détache ce nid, on voit dans son intérieur environ huit ou dix cavités dans lesquelles on trouve ou des vers & de la pâtée ou des nymphes, ou des mouches. Cette abeille transporte entre ses dents une petite pelote composée de sable, de terre, & d'une liqueur gluante qui lie le tout ensemble, & elle applique & façonne avec ses dents la charge de mortier qu'elle a apportée pour la construction du nid. Elle commence par faire une cellule à laquelle elle donne la figure d'un petit dé à coudre ; elle la remplit de pâtée, & elle y dépose un oeuf & ensuite elle la ferme. Elle fait ainsi successivement, & dans différentes directions, sept ou huit cellules qui doivent composer le nid en entier ; enfin elle remplit avec un mortier grossier les vuides que les cellules laissent entr'elles, & elle enduit le tout d'une couche fort épaisse.

Il y a d'autres abeilles qui font des nids sous terre ; elles sont presque aussi grosses que des mouches à miel ; leur nid est cylindrique à l'extérieur, & arrondi aux deux bouts : il est posé horisontalement & recouvert de terre de l'épaisseur de plusieurs pouces, soit dans un jardin, soit en plein champ, quelquefois dans la crête d'un sillon. La mouche commence d'abord par creuser un trou propre à recevoir ce cylindre ; ensuite elle le forme avec des feuilles découpées : cette premiere couche de feuilles n'est qu'une enveloppe qui doit être commune à cinq ou six petites cellules faites avec des feuilles comme la premiere enveloppe. Chaque cellule est aussi cylindrique, & arrondie par l'un des bouts ; l'abeille découpe des feuilles en demi-ovale : chaque piece est la moitié d'un ovale coupé sur son petit diametre. Si on faisoit entrer trois pieces de cette figure dans un dé à coudre pour couvrir ses parois intérieures, de façon que chaque piece anticipât un peu sur la piece voisine, on feroit ce que fait l'abeille dont nous parlons. Pour construire une petite cellule dans l'enveloppe commune, elle double & triple les feuilles pour rendre la petite cellule plus solide, & elle les joint ensemble, de façon que la pâtée qu'elle y dépose avec l'oeuf ne puisse couler au-dehors. L'ouverture de la cellule est aussi fermée par des feuilles découpées en rond qui joignent exactement les bords de la cellule. Il y a trois feuilles l'une sur l'autre pour faire ce couvercle. Cette premiere cellule étant placée à l'un des bouts de l'enveloppe cylindrique, de façon que son bout arrondi touche les parois intérieures du bout arrondi de l'enveloppe ; la mouche fait une seconde cellule située de la même façon, & ensuite d'autres jusqu'au bout de l'enveloppe. Chacune a environ six lignes de longueur sur trois lignes de diametre, & renferme de la pâtée & un ver qui, après avoir passé par l'état de nymphe, devient une abeille. Il y en a de plusieurs especes : chacune n'employe que la feuille d'une même plante ; les unes celles de rosier, d'autres celles du marronnier, de l'orme : d'autres abeilles construisent leurs nids à peu près de la même façon, mais avec des matériaux différens ; c'est une matiere analogue à la soie, & qui sort de leur bouche.

Il y a des abeilles qui font seulement un trou en terre ; elles déposent un oeuf avec la pâtée qui sert d'aliment au ver, & elles remplissent ensuite le reste du trou avec de la terre. Il y en a d'autres qui, après avoir creusé en terre des trous d'environ trois pouces de profondeur, les revêtissent avec des feuilles de coquelicot : elles les découpent & les appliquent exactement sur les parois du trou : elles mettent au moins deux feuilles l'une sur l'autre. C'est sur cette couche de fleurs que la mouche dépose un oeuf & la pâtée du ver ; comme cela ne suffit pas pour remplir toute la partie du trou qui est revêtue de fleurs, elle renverse la partie de la tenture qui déborde, & en fait une couverture pour la pâtée & pour l'oeuf, ensuite elle remplit le reste du trou avec de la terre. On trouvera l'histoire de toutes ces mouches dans le sixieme volume des Mémoires pour servir à l'histoire des insectes, par M. de Reaumur, dont cet abregé a été tiré. Voyez MOUCHE, INSECTE. (L)

ABEILLES, (Myth.) passerent pour les nourrices de Jupiter sur ce qu'on en trouva des ruches dans l'antre de Dicté, où Jupiter avoit été nourri.

ANTENNES Editar

antenna, s. f. (Hist. nat.) Plusieurs insectes ont sur la tête des especes de cornes auxquelles on a donné ce nom. Les antennes sont mobiles sur leurs bases, & se plient en différens sens au moyen de plusieurs articulations. Elles sont différentes les unes des autres par la forme, la consistance, la longueur, la grosseur, &c. Il y a de la différence entre les antennes d'un papillon de nuit, & celles d'un papillon de jour. Les antennes du hanneton ne ressemblent pas à celles du capricorne, &c. Ces différences ont fourni des caracteres pour distinguer plusieurs genres d'insectes. Voyez INSECTE . (I)

ANTENNE, s. f. (Marine.) mot des Levantins, pour signifier une vergue. Voyez VERGUE. (Z)

BOURDON Editar

s. m. bombylius, (Hist. nat. Insectol.) insecte du genre des abeilles. Voyez ABEILLE. Il a un aiguillon & une trompe; il tire des fleurs son miel & de la cire brute. Les bourdons que l'on voit le plus souvent sont plus gros que les abeilles ordinaires, ils font plus de bruit en volant. Ces mouches sont couvertes de poils longs & touffus, qui les font paroître plus grosses qu'elles ne le sont réellement. Elles ont différentes couleurs: il y en a qui n'ont que les anneaux postérieurs de couleur canelle; le reste du corps est noir. Dans d'autres, le corcelet est couvert de poils blancs, & le corps est traversé par une raie jaune, qui est suivie d'une raie blanche. On en voit qui ont de plus une bande transversale de couleur de citron, vers le milieu du corps. Dans quelques-uns la partie antérieure du corcelet est bordée de poils blancs ou jaunes, qui forment une espece de collier. Dans d'autres, le corcelet est couvert de poils blancs; il a sur le corps une large raie de poils jaunes, ensuite une bande noire, & enfin une bande blanchâtre. Il se trouve des bourdons de couleur blonde plus ou moins foncée; les poils du dessous du corps sont de couleur de citron fort pâle; ceux du dessus du corcelet sont un peu roux. Ces couleurs varient: mais celle des jambes est toûjours noire.

Il y a des bourdons qui n'ont des poils longs que sur le corcelet: on en trouve de tels en Egypte, dont les poils sont d'une belle couleur d'olive, & les ailes tirent sur le violet; & d'autres qui ont le dessus du corcelet couvert de longs poils, d'une belle couleur de citron, & les anneaux du corps ras, & même lisses & luisans. Ces anneaux sont noirs avec quelques [p. 368] teintes de violet, & les ailes sont d'une couleur violette moins noire.

Dans l'espece des bourdons qui ont des longs poils sur le corcelet & sur le corps, la même femelle produit trois sortes de bourdons de différentes grandeurs: les plus grands surpassent de beaucoup les abeilles ordinaires pour la grosseur; ce sont les femelles: les mâles ne sont pas si grands; & les plus petits de tous n'ont point de sexe. Leur grandeur est égale à celle des abeilles, quelquefois elle est moindre.

Les bourdons vivent en société comme les abeilles: mais ils ne sont pas si nombreux; on n'en trouve que cinquante ou soixante réunis ensemble. Ils font des especes de nids pour se loger, & ils les couvrent de mousse: ces nids sont dans les prairies & dans les champs de sainfoin & de luserne; leur diametre est de cinq ou six pouces & plus, & ils sont élevés de quatre à cinq pouces au-dessus de terre. Le meilleur moyen de trouver ces nids, est de suivre les faucheurs, parce qu'ils les découvrent & même les coupent avec la faux. L'extérieur ressemble à une motte de terre couverte de mousse, plus ou moins relevée en bosse. Il y a dans le bas un trou qui sert d'entrée, & souvent on trouve une sorte de chemin d'un pié de long, & une voûte de mousse qui sert d'avenue. Dans certains nids qui ne sont pas encore finis, les bourdons entrent par le dessus. Quand on enleve le dessus du nid qui sert de toict, il en sort quelques mouches; les autres y restent, & il n'arrive pas qu'on en soit piqué, quoiqu'elles ayent des aiguillons. Après avoir enlevé cette couverture, on voit une sorte de gâteau épais plus ou moins grand, mal façonné, & composé de corps oblongs ajustés les uns contre les autres: quelquefois il n'y a qu'un gâteau; d'autres fois il y en a deux ou trois; on voit marcher les bourdons par-dessus & par-dessous: dès qu'on cesse de toucher au nid, les mouches travaillent à le recouvrir; & pour cela elles employent la mousse qu'on a enlevée & jettée à quelque distance: mais au lieu de porter les brins de mousse, elles les poussent, ou pour mieux dire, elles les font glisser peu-à-peu. Toutes travaillent ensemble, les mâles, les femelles, & celles qui ne sont ni mâles ni femelles.

Le bourdon a comme l'abeille deux dents écailleuses très-fortes, dont le bout est large & dentelé: c'est par le moyen de ces dents qu'il coupe la mousse & qu'il l'attire en-arriere sous son corps; ensuite il la fait glisser avec les pattes de devant; les pattes de la seconde paire la font passer plus loin, & les dernieres la poussent aussi loin qu'elles peuvent s'étendre. En répétant cette manoeuvre, ils rassemblent derriere eux un petit tas de mousse. Le même bourdon, ou un autre, reprend ce tas par brins comme le premier, & l'approche du nid; pour cet effet, ils se posent de façon que le nid est en arriere par rapport à eux: chaque fois que le tas de mousse change de place, il parcourt un espace égal à la longueur du bourdon, avec les pattes de derriere étendues. Lorsque ces mouches arrangent la mousse pour former la couverture du nid, elles se servent de leurs dents & de leurs pattes de devant. Cette sorte de toict a un pouce ou deux d'épaisseur, & met le nid à l'abri des pluies ordinaires. Les bourdons qui sont entierement jaunâtres, & ceux sur lesquels le noir domine, & peut-être d'autres, mettent un enduit de cire brute sur toute la surface intérieure du couvert de mousse; ils y forment une sorte de platfond, qui n'a que le double de l'épaisseur d'une feuille de papier ordinaire, mais qui est impénétrable à l'eau: cet enduit lie tous les brins de mousse qui sont à l'intérieur, & rend la couverture plus solide. La matiere de cet enduit a une odeur de cire: mais ce n'est qu'une cire brute & tenace; on peut la pétrir. La chaleur ne la liquéfie, ni ne la ramollit: mais elle s'enflam me. Sa couleur est d'un gris jaunâtre; elle ne s'attache pas aux doigts lorsqu'on la pétrit.

Le nombre & l'étendue des gâteaux augmentent à proportion que le nid est plus ancien. Ces gâteaux sont convexes à l'extérieur, & concaves à l'intérieur: mais leurs surfaces, sur-tout l'inférieure, sont fort inégales. Chaque gâteau est composé, comme il a déjà été dit, de corps oblongs, appliqués les uns contre les autres suivant leur longueur. Ils sont d'un jaune pâle ou blanchâtre. Il y en a de trois grandeurs différentes: les plus gros ont le grand diametre de plus de sept lignes de longueur, & le petit d'environ quatre lignes & demie; dans les plus petits, le grand diametre n'a pas trois lignes. Quelquefois ces corps sont fermés par les deux bouts; d'autres fois la plûpart sont ouverts par le bout inférieur, & vuides: ce sont des coques de soie qui ont été formées par des vers qui s'y sont métamorphosés. Les bourdons qui viennent de ces vers après la métamorphose, laissent les coques ouvertes en en sortant.

Il y a aussi dans les gâteaux de petites masses irrégulieres assez semblables à des truffes, quoique moins dures: on trouve dans chacune un vuide au centre, dans lequel il y a des oeufs d'un beau blanc un peu bleuâtre, longs d'environ une ligne & demie sur un diametre plus court des deux tiers. Le nombre des oeufs n'est pas le même dans chaque masse; il y en a trois, quatre, quinze, vingt, & même trente ensemble: mais lorsqu'il y en a tant, ils sont renfermés dans différentes cavités. La matiere qui environne les oeufs est une pâtée dont se nourrissent les vers, après qu'ils sont éclos. Ces vers sont assez semblables à ceux des abeilles; leur couleur est blanche, & ils ont quelques taches noires sur les côtés: lorsqu'ils ont consommé une partie de leur pâtée, il arriveroit quelquefois qu'ils se feroient jour au-dehors, & qu'ils s'exposeroient trop tôt à l'air, si les bourdons n'avoient soin d'appliquer de nouvelle pâtée sur les endroits trop minces. Toute cette matiere est de la cire brute: on y reconnoît les poussieres des étamines; elles sont humectées par un miel aigrelet. Quoiqu'il se consomme beaucoup de cette pâtée dans les nids, on ne voit que très-rarement les bourdons y revenir chargés de cire; ce qui fait croire qu'ils avalent les étamines pour les digérer, & les dégorger ensuite.

Il y a dans chaque nid trois ou quatre petites cavités, remplies de miel: ce sont des sortes de vases presque cylindriques, au moins aussi grands que les plus grandes coques, faits avec la même matiere qui sert de plafond au nid. On ne sait si ce miel sert à ramollir les étamines pour faire la pâtée. Les faucheurs connoissent ces petits dépôts, & les cherchent pour en boire le miel.

Après avoir enlevé les gâteaux d'un nid, on trouve au bout de huit jours, que les bourdons ont travaillé à en faire de nouveaux: ils commencent par former dans le milieu du nid une petite masse de pâtée de la grosseur d'une noisette, qui est posée sur un lit de mousse, & qui tient à un petit vase plein de miel: c'est sans doute pour recevoir les oeufs de la mere que ce premier travail se fait.

Les vers s'éloignent les uns des autres à mesure qu'ils consument leur pâtée: ainsi lorsqu'ils approchent du tems où ils doivent prendre leur forme de nymphe, ils ont chacun assez d'espace pour filer leur coque. Comme ces coques se trouvent à découvert dans la suite, il est à croire que les bourdons enlevent les restes de pâtée qui sont au-dehors. Tous les vers donnent à leur coque la même position: le grand axe est perpendiculaire à l'horison, & chacun attache la sienne aux coques voisines en la commençant; c'est par cette union que les gâteaux sont formés.

Ces mouches au sortir de leur coque n'ont que des couleurs tendres, qui deviennent plus foncées lorsqu'elles sont exposées au grand air. En ouvrant dans des tems convenables les plus gros bourdons, qui sont les semelles, on trouve dans leur corps un ovaire de chaque côté, & on n'y voit qu'une vingtaine d'oeufs au plus; cependant elles en pondent une plus grande quantité: tous ces oeufs ne sont pas sensibles dans le même tems. On croit qu'un nid de bourdons est commencé par une femelle qui le peuple peu-à-peu: ce qui rend cette opinion très-probable, c'est qu'à la fin de l'hyver on ne voit voler que des bourdons femelles, sans aucuns mâles ni ouvriers. Les petits bourdons ont un aiguillon comme les femelles: les mâles n'en ont point; ils sont de grandeur moyenne. Mais il y a aussi des bourdons de cette même grandeur qui n'ont point de sexe, & que l'on doit regarder comme des ouvriers, de même que les petits: ceux-ci paroissent plus actifs, & les autres plus forts. On a observé entre un bourdon de moyenne taille, qui étoit mâle, & une femelle, un accouplement qui dura près d'une demi-heure. On s'est aussi assûré que les bourdons mâles n'ont point d'aiguillon, & qu'ils ont des parties analogues à celles des mâles de divers insectes.

Les bourdons ont de petits poux; on les voit quelquefois par centaines sur le corcelet, ou sur d'autres parties: ces mêmes poux se trouvent sur les gâteaux des nids. Il y a apparence qu'ils cherchent la liqueur miellée des bourdons pour s'en nourrir.

Les fourmis cherchent la pâtée des bourdons; quelquefois il entre dans leur nid une fourmiliere entiere; & lorsqu'il ne s'y trouve qu'un petit nombre de mouches, elles sont obligées de l'abandonner, ne pouvant pas le défendre. Il s'y forme de gros vers qui manget la pâtée, les vers & les nymphes des bourdons. Il y a aussi des especes de chenilles: mais les animaux qui y font le plus de ravage, sont les rats, les mulots & les foüines.

Les parties intérieures des bourdons sont à-peu-près semblables à celles des abeilles; de même leurs aiguillons & leur venin.

On ne trouve aucuns bourdons dans leurs nids au commencement de Novembre; il est à croire que les mâles & les ouvriers périssent avant l'hyver, & qu'il ne reste que les femelles; celles-ci étant fécondées, suffisent pour perpétuer l'espece. Elles se cachent dans des trous de murs, ou dans des creux en terre jusqu'au printems. Mémoires pour servir à l'hist. des insectes, tom. VI. prem. mém. Voy. INSECTE. (I)

BOURDON, s. m. les Imprimeurs entendent par ce mot, une omission que le compositeur a faite dans son ouvrage, d'un ou de plusieurs mots de sa copie, & même quelquerois de plusieurs lignes. Le compositeur est obligé, en remaniant, de faire entrer les omissions; ce qui souvent lui donne beaucoup de peine, & nuit presque toûjours à la propreté de l'ouvrage. Ce terme fait allusion au grand bâton dont les pélerins se servent pour franchir les fossés. Voyez REMANIER, REMANIEMENT.

BOURDON de 16 piés, ou huit piés bouché; on appelle ainsi dans les Orgues un jeu, dont le plus grand tuyau qui sonne l'ut à la double octave au-dessous de la clé de c sol ut, a huit piés de longueur; ce qui équivaut à un tuyau de 16 piés ouvert, qui est à l'unisson d'un de huit piés bouché. Ce jeu a trois octaves en bois, & celle de dessus en plomb. Voyez la fig. 30, Pl. d'Orgue, qui représente un tuyau de bois des basses, & un tuyau de plomb des dessus. Les tuyaux de bois sont composés de quatre planches assemblées à rainure & languette, les unes dans les autres, & fortement collées, comme la fig. 52 le montre; b, la bouche; 3, la lévre inférieure; 4 ou 0, la levre supérieure; A, le pié; B, la chambre; C, le biseau; E, le tampon, que l'on retire ou que l'on enfonce dans le tuyau pour accorder. La fig. 30. n°. 2. représente un tuyau de plomb des dessus, & a le pié dans les deux figures; c, la bouche; d, les oreilles au moyen desquelles on les accorde; e, coupe du tuyau; b, le biseau, dont le talud regarde en dessus; f, plaque qui ferme le tuyau par dessus & qui y est soudée. Quant à la proportion des parties du tuyau, elle doit être telle qu'il ait de longueur, dix fois sa largeur ou environ; ainsi le tuyau de huit piés doit avoir 9 pouces d'équarrissage intérieurement. Remarquez que la longueur du tuyau se compte depuis la face supérieure du biseau c, jusqu'à la face inférieure du tampon E, & que la haeur de la chambre B, & l'espace pour retirer le tampon E, doivent être pris en sus de cette mesure; tous les tuyaux du bourdon doivent suivre exactement entre eux la proportion du diapason. Voyez DIAPASON, & l'article ORGUE, & la table du rapport de l'étendue des jeux de l'Orgue.

BOURDON de huit piés ou quatre piés bouché, est un jeu d'orgue dont le plus grand tuyau, qui est de quatre piés bouché sonne l'octave au-dessus du bourdon de 16; les basses sont en bois & les tailles en plomb & bouchées à rase, & les dessus à cheminées. Voyez la fig. 32. Pl. d'orgue; A, tuyau des basses; B, tuyau des tailles; e d, les oreilles; 3, la plaque qui bouche le tuyau par en haut; C, tuyau des dessus à oreilles & à cheminées; 4, la plaque qui le ferme, laquelle est percée d'un trou; 2 cheminée qui est soudée sur la plaque 4, comme la fig. C le représente. Voy. les articles Orgue, Diapason, dont tous les tuyaux de ce jeu doivent suivre la proportion.

CIRE Editar

S. f. (Hist. nat.) matiere tirée des végétaux, & élaborée dans le corps d'un animal. Les abeilles transforment en cire les poussieres des étamines des plantes ; car les pelotes qu'elles forment avec cette poussiere, & qu'elles rapportent dans la ruche, comme il a été dit à l'article de l'ABEILLE, & que l'on appelle de la cire brute, n'est pas de la vraie cire ; elle ne se ramollit ni ne se fond lorsqu'elle est échauffée ; elle tombe au fonds de l'eau, au lieu de surnager, &c. Il faut, pour que cette matiere devienne de la vraie cire, que les abeilles la mâchent, l'avalent, & la digerent. On a vû à l'article ABEILLE, que ces insectes ont une bouche, des dents, une langue, & un estomac, c'est-à-dire des organes propres à toutes ces opérations. Lorsqu'une abeille arrive à la ruche avec des pelotes de cire brute, elle la mange quelquefois avant que d'entrer, mais pour l'ordinaire elle va sur les gâteaux en battant des aîles. Alors trois ou quatre autres abeilles viennent auprès de celle qui arrive, & mangent les pelotes dont elle est chargée. On prétend les avoir vûes distinctement mâcher & avaler ; mais ce qui est encore plus certain, c'est qu'on a trouvé dans leur estomac & leurs intestins, de la cire brute bien reconnoissable par les grains de la poussiere des étamines dont elle est composée. Lorsque les abeilles apportent plus de cire brute qu'elles n'en peuvent manger, alors elles la déposent dans des alvéoles, où il n'y a ni ver ni miel ; & dès qu'un de ces insectes y a fait tomber les deux pelotes dont il étoit chargé, il en vient un autre qui les étend dans l'alvéole, & quelquefois c'est le même qui les a apportées. Non-seulement ils les rangent, mais encore ils les pétrissent, & les imbibent d'une liqueur qui paroît être du miel, parce qu'après cette opération la cire brute en a le goût ; c'est peut-être ce qui la conserve sans altération. On trouve dans les ruches des parties de gâteaux assez grandes, dont les cellules sont toutes remplies de cire brute. Il y en a aussi qui sont dispersées ou placées entre d'autres cellules, qui contiennent du miel ou des vers. Enfin les abeilles mangent la cire brute lorsqu'elles l'ont apportée dans la ruche, ou elles la déposent dans des alvéoles pour la manger dans un autre tems ; mais on croit qu'il faut qu'elles la digerent pour la convertir en vraie cire ; qu'une partie sert à la nourriture de l'insecte, qu'une autre sort par l'anus en forme d'excrémens, & que le reste revient par la bouche, & est employé à la construction des alvéoles, voyez ALVEOLE. On a vû une liqueur mousseuse, ou une espece de bouillie, sortir de la bouche dans le tems que l'abeille travaille à faire une cellule ; cette pâte se seche dans un instant ; c'est de la vraie cire. On prétend que les abeilles ne peuvent plus employer la cire dès qu'elle est entierement seche. Ainsi lorsqu'on leur en présente auprès de leur ruche, elles ne s'en chargent pas, mais elles recherchent tout le miel qui peut y être mêlé ; elles hachent quelquefois la cire par morceaux, & ne l'abandonnent que lorsqu'elles en ont enlevé tout le miel ; & s'il n'y en avoit point, elles ne toucheroient pas à la cire. Lorsqu'on fait passer des abeilles dans une nouvelle ruche entierement vuide, & qu'on les y renferme au commencement du jour, avant qu'elles ayent pû ramasser de la cire brute, on trouve le soir des gâteaux de cire dans la nouvelle ruche. Il y a tout lieu de croire que la cire dont ces gâteaux sont formés, est venue de la bouche de ces insectes, en supposant qu'ils n'ont point apporté de cire brute attachée à leurs jambes. Cette matiere éprouve des changemens dans l'estomac, puisque la cire des alvéoles est blanche, quoique les pelotes de cire brute que les abeilles apportent dans la ruche soient de différentes couleurs, blanches, jaunes, orangées, rougeâtres, vertes. Les alvéoles nouvellement faits sont blancs, & ils jaunissent avec le tems & par différentes causes. Mais lorsqu'ils sont nouveaux, la teinte est à peu-près la même dans toutes les ruches ; s'il s'en trouve de jaunâtre, on peut croire que cette couleur vient d'une mauvaise digestion de la cire brute, que l'on a attribuée à un vice héréditaire que toutes les abeilles d'une ruche tiennent de leur mere commune. Ce qu'il y a de certain, c'est que toutes les cires ne sont pas également propres à recevoir un beau blanc dans nos blanchisseries. Mém. pour servir à l'histoire des insectes, tom. V. (I)

CIRE, (Hist. anc. & mod.) Les hommes détruisent les cellules pour avoir la cire qui les forme, & l'on ne sauroit dire à combien d'usages ils l'ont employée de tout tems. Autrefois on s'en servoit comme d'un moule pour écrire, invention qu'on attribue aux Grecs. Pour cet effet, on faisoit de petites planches de bois à-peu-près comme les feuillets de nos tablettes, dont les extrémités tout-à-l'entour étoient revêtues d'un bord plus élevé que le reste, afin que la cire ne pût pas s'écouler. On répandoit ensuite sur ces tablettes de la cire fondue, on l'applanissoit, on l'égalisoit, & l'on écrivoit sur cette cire avec un poinçon. C'est pourquoi Plaute dit, dum scribo explevi totas ceras quatuor. Les testamens même s'écrivoient sur de la cire ainsi préparée. De-là vient qu'on leur donnoit aussi le simple nom de cera, cire. V. Suetone dans la vie de César, chap. lxxxiij. & dans la vie de Néron, chap. xvij. On se servoit encore de la cire pour cacheter des lettres, & empêcher qu'elles ne fussent lûes ; c'est ce qui paroît par ce joli vers d'Ovide, lib. I. amor.

Caetera fert blanda cera notata manu.

L'on donnoit à cette cire à cacheter toutes sortes de couleurs. Voyez Hein. de sigill. veter. pag. 1. cap. vj.

Aujourd'hui les particuliers se servent de lacque, voyez CIRE A CACHETER ; mais les princes, les magistrats, les grands seigneurs, & tous ceux qui ont droit de sceller, font encore usage de la cire d'abeille pour imprimer leurs sceaux, & les attacher aux ordonnances & arrêts qu'ils publient, comme aussi à toutes les patentes & expéditions en chancellerie, que l'on scelle de cire jaune, rouge, verte, dont la consommation à cet égard est très-considérable. Voyez CIRE, Jurisprud. CHAUFFE-CIRE, &c.

La cire a autrefois aussi servi dans la Peinture, en lui donnant telle couleur que l'on vouloit, & on en faisoit des portraits qu'on endurcissoit par le moyen du feu ; mais il n'y avoit chez les Romains que ceux qui avoient exercé des magistratures curules qui eussent le droit des images. Seneque nomme ces sortes de Peintures cereas apellineas. Plus les grands pouvoient étaler de tels portraits dans leur vestibule, & plus ils étoient nobles. De-là vient que les poëtes se moquent de cette noblesse empruntée.

Nec te decipiant veteri cincta atria cerâ,

dit Ovide, lib. I. amor. eleg. VIII. 65. Et Juvenal encore mieux:

Tota licet veteres exornent undique cerae

Atria : nobilitas sola est atque unica virtus.

Satyr. VIII. 19.

Cet art a été poussé fort loin de nos jours. Tout le monde connoît le nom du sieur Benoît, & l'invention ingénieuse de ces cercles composés de personnages de cire, qui ont fait si long-tems l'admiration de la cour & de la ville. Cet homme, peintre de profession, trouva le secret de former sur le visage des personnes vivantes, même les plus belles & les plus délicates, & sans aucun risque ni pour la santé, ni pour la beauté, des moules dans lesquels il fondoit des masques de cire auxquels il donnoit une espece de vie, par des couleurs & des yeux d'émail, imités d'après le naturel. Ces figures revêtues d'habits conformes à la qualité des personnes qu'elles représentoient, étoient si ressemblantes, que les yeux leur croyoient quelquefois de la vie ; mais les figures anatomiques faites en cire par le même Benoît, peuvent encore moins s'oublier que la beauté de ses portraits.

Les modernes ont tellement multiplié les usages de la cire, qu'il seroit difficile de les détailler.

Ils commencent avant toutes choses pour s'en servir, à la séparer du miel par expression, à la purifier, à la mettre en pains que vendent les droguistes. Elle est alors assez solide, un peu glutineuse au toucher, & de belle couleur jaune, qu'elle perd un peu en vieillissant.

Pour la blanchir, on la purifie de nouveau en la fondant, on la lave, on l'expose à l'air & à la rosée : par ces moyens elle acquiert la blancheur, devient plus dure, plus cassante, & perd presque toute son odeur. Sa fonderie & son blanchissage requierent beaucoup d'art ; les Vénitiens ont apporté cet art en France. Voyez BLANCHIR.

On demande dans le Ménagiana (tom. III. p. 120.) pourquoi les cires de Château-Gontier ne blanchissent point du tout. C'est parce que le fait n'est pas vrai. On propose en Physique cent questions de cette nature. Le blanchiment de Château-Gontier est précisément le premier de tous, & les cires de ce blanchiment sont en conséquence choisies pour les plus beaux ouvrages. Il en faut croire Pomet & Savary

En fondant la cire blanche avec un peu de térébenthine, on en fait la cire jaune molle, qu'on employe en chancellerie. On la rougit avec du vermillon ou la racine d'orcanette ; on la verdit avec du verd-de-gris ; on la noircit avec du noir de fumée : ainsi on la colore comme on veut, & on la rend propre à gommer avec de la poix grasse.

Il est certain que cette substance visqueuse réunit diverses qualités qui lui sont particulieres. Elle n'a rien de desagréable ni à l'odorat, ni au goût ; le froid la rend dure & presque fragile, & le chaud l'amollit & la dissout : elle est entierement inflammable, & devient presque aussi volatile que le camfre par les procédés chimiques. Voyez CIRE en Chimie, Pharmacie, Matiere médicale.

Elle est devenue d'une si grande nécessité dans plusieurs arts, dans plusieurs métiers, & dans la vie domestique, que le débit qui s'en fait est presque incroyable ; sur-tout aujourd'hui qu'elle n'est plus uniquement réservée pour l'autel & pour le Louvre, & que tout le monde s'éclaire avec des bougies, l'Europe ne fournit point assez de cire pour le besoin qu'on en a. Nous en tirons de Barbarie, de Smyrne, de Constantinople, d'Alexandrie, & de plusieurs îles de l'Archipel, particulierement de Candie, de Chio & de Samos ; & l'on peut évaluer dans ce seul royaume la consommation de cette cire étrangere, à près de dix mille quintaux par année.

Aussi le luxe augmentant tous les jours en France la grande consommation de la cire des abeilles, quelques particuliers ont proposé d'employer pour les cierges & les bougies, une cire végétale de Mississipi que le hasard a fait découvrir, & dont on a la relation dans les mém. de l'acad. des Scienc. ann. 1722. & 1725. Voici ce que c'est.

De la cire de la Loüisiane. Dans tous les endroits tempérés de l'Amérique septentrionale, comme dans la Floride, à la Caroline, à la Loüisiane, &c. il y a un petit arbrisseau qui croît à la hauteur de nos cerisiers, qui a le port du myrthe, & dont les feuilles ont aussi à-peu-près la même odeur. Ces arbres portent des graines de la grosseur d'un petit grain de coriandre dans leur parfaite maturité, vertes au commencement, ensuite d'un gris cendré ; ces graines renferment dans leur milieu un petit noyau osseux, assez rond, couvert d'une peau verte chagrinée, & qui contient une semence. Ce noyau est enveloppé d'une substance visqueuse, qui remplit tout le reste de la graine ou fruit : c'est-là la cire dont il s'agit. Cette cire est luisante, seche, friable, disposée en écaille sur la peau du noyau.

Il est très-aisé d'avoir cette cire : il n'y a qu'à faire bouillir des graines dans une quantité suffisante d'eau, & les écraser grossierement contre les parois du vaisseau pendant qu'elles sont sur le feu ; la cire se détache des graines qui la renfermoient, & vient nager sur la superficie de l'eau. On la ramasse avec une cuillere, on la nettoye en la passant par un linge, & on la fait fondre de nouveau pour la mettre en pain.

Plusieurs personnes de la Loüisiane ont appris par des esclaves sauvages de la Caroline, qu'on n'y brûloit point d'autre bougie que celle qui se fait de cette cire. Dans les pays fort chauds où de la chandelle de suif se fondroit par la trop grande chaleur, il est sans comparaison plus commode d'avoir de la bougie ; & celle-là seroit à bon marché, & toute portée dans les climats de l'Amérique qui en auroient besoin.

Un arbrisseau bien chargé de fruit, peut avoir en six livres de graine & une livre de fruit, un quart de livre de cire. Il est difficile de déterminer au juste combien un homme pourroit ramasser de graines en un jour ; parce que ces arbres qui croissent sans culture sans art, sont répandus çà & là, tantôt plus, tantôt moins écartés les uns des autres, selon que différens hasards les ont semés : cependant l'on juge à-peu-près qu'un homme ramasseroit aisément en un jour seize livres de graines, ce qui donneroit quatre livres de cire. Cette grande facilité, qui deviendroit beaucoup plus grande par des plantations régulieres de ces arbres, & le peu de fraix qu'il faut pour tirer la cire, seroit fort à considérer si cette matiere devenoit un objet de commerce.

La cire qui se détache par les premieres ébullitions est jaune, comme celle qui vient de nos abeilles ; mais les dernieres ébullitions la donnent verte, parce qu'alors elle prend la teinture de la peau dont le noyau est couvert. Toute cette cire est plus seche & plus friable que la nôtre. Elle a une odeur douce & aromatique assez agréable.

Nous avons vû à Paris des bougies vertes de cette cire, que le ministre avoit reçues du Mississipi, & qui étoient fort bonnes. Le tems nous apprendra si l'on regarde la matiere de ces bougies comme un objet assez considérable de commerce, pour nous dispenser de tirer des cires des pays étrangers, autant que nous le faisons pour notre consommation de cierges & de bougies.

De la cire des îles Antilles. On trouve aux îles Antilles dans des troncs d'arbres une cire assez singuliere, formée en morceaux ronds ou ovales de la grosseur d'une noix muscade. Cette cire est l'ouvrage d'abeilles plus petites, plus noires & plus rondes que celles de l'Europe. Elles se retirent dans le creux des vieux arbres, où elles se fabriquent des especes de ruches de la figure d'une poire, dans le dedans desquelles elles portent toûjours un miel liquide de couleur citrine, de la consistance de l'huile d'olive, d'un goût doux & agréable. Leur cire est noire, ou du moins d'un violet foncé. Nous n'avons pas pû parvenir au secret de la blanchir, de la faire changer de couleur, ni de la rendre propre à la fabrique des bougies, parce qu'elle est trop molle. Les Indiens après l'avoir purifiée, s'en servent à en faire des bouchons de bouteilles : ils en font aussi de petits vaisseaux dans lesquels ils recueillent le baume de Tolu, quand il découle par incision des arbres qui le répandent.

De la cire de la Chine. La cire blanche de la Chine est différente de toutes celles que nous connoissons, non-seulement par sa blancheur que le tems n'altere point, mais encore par sa texture : on diroit qu'elle est composée de petites pieces écailleuses, semblables à celles du blanc de baleine, que nous ne saurions mettre en pains aussi fermes que les pains de cire de la Chine. Autre singularité de la cire blanche de la Chine ; c'est qu'elle n'est point l'ouvrage des abeilles : elle vient par artifice de petits vers que l'on trouve sur un arbre dans une province de cet empire. Ils se nourrissent sur cet arbre ; on les y ramasse, on les fait bouillir dans de l'eau, & ils forment une espece de graisse, qui étant figée, est la cire blanche de la Chine, sur laquelle il nous manque bien des détails. Art. de M(D.J.)

CIRE, (Chimie, Pharm. & Mat. médic.) La premiere considération chimique sur la cire, c'est la théorie de son blanchissage, fondée sur la solubilité par la rosée ou par l'eau, de la partie colorante qui peut être aussi détruite ou volatilisée par les rayons du soleil & par l'air.

La cire distillée sans intermede, se résout en une matiere huileuse qui se fige à mesure qu'elle tombe dans le récipient, & qui est connue sous le nom de beurre de cire, & en un acide assez fort : ces produits ont une odeur très-forte & très-desagréable. Le beurre perd une partie de cette odeur & sa consistance, par des rectifications réitérées qui le portent enfin à l'état de fluidité des huiles ordinaires ; on sépare de ce beurre par chaque rectification, une petite portion d'acide ; d'où l'on peut conclure que c'est à la présence de ce principe que le beurre de cire doit sa consistance. La cire blanche distillée sans intermede, ne laisse presque point de résidu ; c'est le charbon de la matiere qui colore la cire jaune, qui augmente le résidu de la distillation de cette derniere.

On peut déduire assez raisonnablement de cette observation seule, que la cire est un composé d'huile & d'acide ; ce qui la fait rapporter par quelques chimistes, à la classe des matieres balsamiques & résineuses, dont elle differe pourtant par son insolubilité dans l'esprit de vin, & par l'odeur de ses produits.

La cire distillée avec le sable ou avec tout autre intermede terreux, présente des phénomenes bien différens de ceux de la distillation sans intermede de la même substance. Cette différence a été peu observée par les Chimistes, qui n'ont décrit la plûpart que l'un ou l'autre de ces procédés. LÉmeri, qui fait mention des deux, ne l'a pas apperçûe entierement. En un mot, la théorie de la distillation de la cire & des différences que les intermedes & quelques autres circonstances absolument indéterminées jusqu'à présent portent dans les produits de cette opération ; cette théorie, dis-je, n'a pas été donnée jusqu'à présent. Voyez INTERMEDE.

Le beurre & l'huile de la cire sont employés extérieurement avec succès pour les engelures, les crevasses & les gersures du sein, des levres, des mains, pour les dartres vives, & sur-tout pour les brûlures.

Les usages pharmaceutiques de la cire sont très-étendus ; elle entre dans la plûpart des onguens & des emplâtres, dans quelques baumes : c'est la cire qui fait la base des cérats, qui sont des préparations auxquelles elle donne son nom. Voyez CERAT. (b)

  • CIRE A CACHETER. Il faudra se pourvoir d'abord d'une plaque de marbre, avec une planche bien lisse, ou polissoire de ciergier ; ou plûtôt d'une table quarrée, percée dans son milieu d'une ouverture : on couvrira l'ouverture d'une plaque de fer ou de cuivre bien unie : on tiendra sous cette plaque du feu allumé ; & quand la plaque aura pris une chaleur convenable, on l'arrosera avec de l'huile d'olive, on y portera la matiere de la cire à cacheter toute préparée, ensorte qu'il n'y ait plus qu'à la mettre en bâtons bien égaux & bien unis, soit ronds, soit applatis : ce qu'on exécutera en la roulant avec la polissoire ou les mains contre la plaque chaude, jusqu'à ce qu'on l'ait étendu & réduite à la grosseur qu'on veut lui donner. Plus on la travaillera sur la plaque, plus on la rendra compacte, & meilleure elle sera. On rendra les bâtons ou canons de cire luisans, en les exposant à un feu modéré sur un réchaud. Il y en a qui jettent la composition dans des moules, d'où les bâtons sortent faits & polis ; d'autres, qui les font à la main sur la plaque, les vernissent avec une plume qu'ils trempent dans du cinnabre mêlé avec de la poix-résine fondue. Quant à la préparation de la cire, voici comment on s'y prendra selon les différentes couleurs.

Cire à cacheter rouge. Prenez de gomme lacque, demi once ; térébenthine, deux gros ; colophone, deux gros ; cinnabre, une drachme ; minium, une drachme. Faites fondre sur un feu doux, dans un vaisseau bien net, la gomme lacque & la colophone : ajoutez alors la térébenthine, puis le cinnabre & le minium peu-à-peu ; triturez le tout avec soin, & le mettez en bâtons.

Ou prenez de gomme lacque, six gros ; de térébenthine ou de colophone, de chacun deux gros ; de cinnabre & minium, de chacun une demi-drachme ; & achevez comme ci-dessus.

Ou prenez de gomme lacque, une demi once ; de colophone & de térébenthine de Venise, de chacune une drachme ; de cinnabre, une demi-drachme.

Ou prenez de gomme lacque, un quarteron : de gomme animé, deux onces ; de cinnabre, une once ; de gomme gutte, demi-once. Commencez par bien broyer ensemble les deux dernieres matieres ; achevez le reste comme ci-dessus.

Ou prenez de colophone, deux onces ; de gomme lacque, quatre onces ; de poix-résine, une once & demie ; de cinnabre, à volonté.

Ou prenez de mastic, une once ; de soufre pur & de térébenthine, de chacun deux gros ; de benjoin, deux gros ; de cinnabre, à volonté. Faites fondre la térébenthine, ajoûtez-y le soufre pulvérisé, broyez & mêlez exactement le mastic, le benjoin, & le cinnabre ; jettez petit-à-petit ce second mélange dans le premier : quand ils seront bien fondus & incorporés, mettez en bâtons.

Ou prenez de gomme lacque, une demi-once ; de colophone, une drachme : broyez ces deux matieres ; ajoûtez une quantité convenable de cinnabre ; arrosez le mélange d'esprit-de-vin bien rectifié : la gomme lacque se dissoudra en partie ; mettez le tout sur un feu modéré ; faites prendre feu à l'esprit-de-vin ; remuez bien le mélange jusqu'à ce que l'esprit-de-vin soit entierement consumé ; faites des bâtons, observant d'ajouter un peu de musc, si vous voulez que la cire soit odoriférante.

Cire verte. Prenez de gomme lacque & colophone, de chacune demi-once ; de térébenthine, une drachme ; de verd-de-gris bien pulvérisé, trois drachmes.

Ou prenez de cire vierge jaune, quatre parties ; de sandarac & d'ambre, de chacun deux parties ; de crayon rouge, une demi-partie ; de borax, un huitieme ; de verd-de-gris, trois parties. Il faut bien pulvériser toutes ces matieres.

Cire jaune d'or. Prenez de poix-résine blanche, deux onces ; de mastic & de sandarac, de chacun une once ; d'ambre, une demi-once ; deux gros de gomme gutte ; & procédez comme ci-dessus. Si au lieu de mastic & de sandarac on prend de la gomme lacque, & qu'on omette la gomme gutte, on aura une cire brune, dans laquelle on pourra mêler de la poudre d'or.

Cire noire. Prenez une des compositions précédentes, & substituez, soit au verd-de-gris, soit au cinnabre, le noir d'Imprimeur. Voyez l'art de la Verrerie de Kunckel, &c.

CIRE DU ROI ; (Jurispr.) dans les anciennes ordonnances, signifie le sceau ou l'émolument du sceau. Voyez Tessereau, hist. de la chancellerie, tome I. Nos rois ont hérité de la cire jaune de la seconde race, aussi bien que du droit de l'empire. Ils scellent en cire rouge comme les anciens barons, aux droits desquels ils sont pour certaines seigneuries ; telles que la Provence & le Dauphiné. Traité de la pairie, page 121.

Les lettres de concession à perpétuité doivent être scellées de cire verte ; celles de concession à tems, scellées de cire blanche. Préface du III. tome des ordonnances de la troisieme race, page 8. Voyez SCEAU.

Suivant une ordonnance de Philippe V. du deux Juin 1319, de toutes les ventes de bois que faisoient les maîtres particuliers, les marchands devoient payer entr'autres choses une livre de cire ; & toute la cire provenant de ces ventes, étoit destinée pour l'hôtel du roi & celui de la reine. Ce droit a été révoqué par l'ordonnance des eaux & forêts, tit. xv. art. 15. (A)

CIRE DES EGLISES, (Jurispr.) c'est à la fabrique des églises paroissiales à fournir toute la cire nécessaire pour la célébration de l'office paroissial, & des messes & services de fondation. Au défaut des revenus de la fabrique, c'est au gros-décimateur, chargé de la portion congrue, à fournir la cire nécessaire.

Les cierges que l'on allume à l'autel, ceux que l'on porte à l'offrande, que l'on met sur les pains bénis, & que l'on met autour des corps aux enterremens & pompes funebres, appartiennent au curé, à moins qu'il n'y ait quelque usage ou accord contraire, pour les partager entre le curé & la fabrique.

Les parens ne peuvent remporter la cire qui sert aux convois & pompes funebres, à-moins qu'il n'y ait usage & possession contraires.

Le curé doit fournir la cire nécessaire pour les messes de dévotion, que la fabrique n'est pas chargée de faire acquiter. Voyez la déclaration du 30 Juin 1690 sur les portions congrues, & le dictionn. de Brillon, au mot cire. (A)

CIRE, (Fonderie, soit en statue équest. soit de cloch.) Les Fondeurs en bronze font un modele de leur ouvrage en cire, tout-à-fait semblable au premier modele de plâtre. On donne à la cire l'épaisseur qu'on veut donner au bronze : car lorsque dans l'espace renfermé par ces cires, on a fait l'armature de fer & le noyau, & qu'elles ont été recouvertes par-dessus du moule de potée & de terre, on les retire par le moyen du feu qui les rend liquides, d'entre le moule de potée & le noyau ; ce qui forme un vuide que le bronze occupe. Voyez FONDERIE.

Les anciens ne prenoient point la précaution de faire le premier moule de plâtre, par le moyen duquel on donne à la cire une épaisseur égale : après avoir fait leur modele avec de la terre à potier préparée, ou du plâtre, ils l'écorchoient ; c'est-à-dire qu'ils en ôtoient tout autour l'épaisseur qu'ils vouloient donner au bronze, desorte que le modele devenoit le noyau : & après l'avoir bien fait cuire, ils le recouvroient de cire qu'ils terminoient, & sur laquelle ils faisoient le moule de potée dans lequel le métal devoit couler. On se sert encore quelquefois de cette méthode pour les bas-reliefs & les ouvrages dont l'exécution n'est pas difficile ; mais quoiqu'elle soit plus expéditive, elle jette pour les grands ouvrages dans plusieurs inconvéniens.

La cire qu'on employe pour le modele, doit être d'une qualité qui ayant assez de consistance pour se soûtenir & ne pas se fondre à la grande chaleur de l'été, ait cependant assez de douceur pour qu'on la puisse aisément réparer. On met sur cent livres de cire jaune dix livres de térébenthine commune, dix livres de poix grasse, & dix livres de saindoux. On fait fondre le tout ensemble à un feu modéré, observant de ne pas faire bouillir la cire, ce qui la rendroit écumeuse & empêcheroit de la réparer proprement. Voyez, pour la maniere d'employer cette composition, les mots BRONZE, CLOCHE, &c.

CIRE des oreilles, (Anatom.) en latin cerumen auris, & par les anciens médecins, aurium sordes ; espece de glu naturelle qui se trouve & s'amasse dans la partie antérieure & cartilagineuse du conduit de l'oreille.

Dans la partie du conduit auditif collée aux tempes, dans les fissures, & depuis la partie qui est couverte d'un cartilage jusqu'à la moitié du canal, & selon Morgagni, sur la convexité supérieure de la membrane, rampe un réseau réticulaire, celluleux, fort, fait d'aréoles, où est le siége des glandes jaunes, presque rondes, ou ovales, selon Duverney & Vieussens, lesquelles glandes percent par de petits trous la peau du canal. C'est donc par ces orifices que sort cette espece de cire nommée cire de l'oreille, jaune, huileuse, d'abord fluide, ensuite plus solide, plus épaisse, amere, & qui prend feu lorsqu'elle est pure.

Duverney n'est pas le premier qui ait fait mention des glandes cérumineuses de l'oreille ; Stenon & Drelincourt en avoient dit quelque chose avant lui : mais Duverney en a donné une description si claire & si exacte, qu'il passe, avec assez de raison, pour en être l'inventeur. Valsalva en a dépeint la figure : on les trouve aussi représentées dans l'anatomie de Drake.

Les Physiciens cherchent à deviner les usages de la matiere cérumineuse que filtrent ces glandes, & qu'elles envoyent dans le conduit auditif ; mais leurs recherches se bornent uniquement à savoir que cette cire sert à arrêter les ordures extérieures & les insectes, qui en entrant dans l'oreille ne manqueroient pas d'y nuire.

Lorsqu'il s'amasse trop de matiere cérumineuse dans l'oreille, les poils dont la croissance est empêchée, se plient & irritent la membrane du canal, dont la démangeaison force à le nettoyer.

Quelquefois cette humeur gluante s'y amasse en trop grande abondance, s'y épaissit par son séjour, & empêche que les tremblemens de l'air ne parviennent jusqu'à l'organe immédiat de l'oüie, ce qui produit l'espece de surdité la plus commune & la plus guérissable ; c'est même presque la seule que les gens habiles & sinceres entreprennent de traiter.

Ils exposent pour la connoître l'oreille du malade aux rayons du soleil ; & quand ils découvrent le conduit bouché par l'épaississement de la cire, ils se servent d'un instrument particulier pour l'enlever, & font ensuite des injections d'eau dans laquelle ils ont fondu un peu de sel & de savon : ils se servent aussi d'injection d'eau tiede aiguisée par quelques gouttes d'esprit-de-vin ; par ce moyen ils nettoyent à merveille le conduit auditif, & guérissent parfaitement cette surdité.

Si cette humeur huileuse & fluide de sa nature peche par son abondance accompagnée d'acrimonie, non-seulement elle cause des démangeaisons importunes, mais encore le mal d'oreille : alors elle peut prendre différentes couleurs, acquérir de la fétidité, & former un petit ulcere par son séjour, sa dégénération, & sa quantité ; ce qui cependant est rare : en ce cas toutefois il faut traiter ce mal accidentel par des injections détersives, antiseptiques, & par des tentes imbibées de legers balsamiques.

Quelquefois cette cire se pétrifie ; c'est alors qu'elle cause une surdité presque incurable, en bouchant exactement le conduit osseux & le conduit cartilagineux, comme Duverney dit l'avoir observé dans plusieurs sujets. L'on conçoit aisément la pétrification de la cire des oreilles, par la conformité de sa nature avec celle de la bile qui se pétrifie si souvent dans la vésicule du fiel.

Mais si l'abondance & la pétrification de cette glu cérumineuse sont nuisibles, la privation de sa secrétion dans les glandes produit à son tour quelquefois la surdité, principalement dans la vieillesse, suivant les observations de Duverney, de Morgagni & de Valsalva.

Les anciens Anatomistes, & Bartholin entr'autres (Anat. liv. III. ch. jx.), ont pris la cire des oreilles pour un excrément du cerveau. Rien de plus absurde, outre qu'on ne connoît aucun passage par où cette humeur étant séparée du cerveau, pourroit venir dans le conduit auditif.

Quant au goût de cette cire, Casserius rapporte des exemples de quelques animaux chez qui elle est d'une saveur douce : dans l'homme, Schelhammer y trouve peu de douceur, & beaucoup d'amertume ; & Derham, un goût insipide mêlé d'amertume : ces différences doivent varier selon le tems, les sujets, l'âge, &c.

Tout ce qu'on dit des vertus de la cire des oreilles est misérable : Paul Eginete la vante pour la guérison des crevasses de la peau qui se forment autour de la racine des ongles ; Pline la loue contre la morsure de l'homme, des serpens & des scorpions ; Vanhelmont, dans les piquûres des nerfs ; Etmuller, dans les blessures des parties nerveuses ; Serenus, Sammonicus, pour la cure des furoncles ; d'autres en recommandent l'usage interne pour la colique ; Agricola en fait un onguent pour les tumeurs des jointures & les abcès, &c.

Les éphémérides des curieux de la nature ne sont remplies que de niaiseries de cette espece. Parlons vrai : cette humeur des glandes qui paroît par sa consistance & son amertume un composé de cire & d'huile, peut avoir quelque médiocre qualité savonneuse, abstergente, détersive ; mais manquons-nous d'autres remedes en qualité & abondance mieux choisies, & qui répondront aux mêmes intentions ? Prenons de la cire commune, de l'huile, du savon ; voilà des secours que nous avons sous la main pour une infinité de cas, & n'allons pas puiser nos recettes dans le bizarre, le merveilleux, dans les contes des grands & des bonnes-femmes.

Papinius (Nicolaus) a écrit un petit livre latin sur l'usage de la cire des oreilles, imprimé à Saumur en 1648, in -12. on peut juger par ce que nous venons de dire, du cas qu'on doit faire de cet ouvrage. Cet article est de M(D.J.)


MIEL Editar

(Hist. nat.) matiere que les abeilles recueillent sur les fleurs des plantes, & que l'on tire des gâteaux de cire qui sont dans leur ruche. Les abeilles entrent dans les fleurs pour y prendre, par le moyen de leur trompe, une liqueur miellée qui est dans des glandes & des reservoirs placés au fond de la fleur, ou qui est épanchée sur différentes autres parties, ayant transpiré au-travers des membranes des cellules qui la renfermoient. L'abeille leche cette liqueur, elle la lappe pour ainsi-dire avec le bout de sa trompe ; peut-être aussi frotte-t-elle les glandes qui renferment cette liqueur pour l'en faire sortir, & les déchire-t-elle avec ses dents. La trompe ayant donc ramassé des gouttelettes de miel, les conduit à la bouche où il y a une langue qui fait passer ce miel dans l'oesophage. Cette partie s'étend dans les abeilles, & dans les mouches en général, depuis la bouche jusqu'au bout du corcelet, & aboutit à l'estomac qui est placé dans le corps près du corcelet. Dans les abeilles il y a encore un second estomac plus loin ; lorsque le premier est vuide, il ne forme aucun renflement, il ressemble à un fil blanc & délié, mais lorsqu'il est bien rempli de miel, il a la figure d'une vessie oblongue ; ses parois sont si minces que la couleur de la liqueur qu'elles contiennent paroît à-travers. Parmi les enfans des gens de la campagne il y en a qui savent bien trouver cette vessie dans les abeilles, & sur-tout dans les bourdons velus, pour en boire le miel. Ce premier estomac est séparé du second par un étranglement ; c'est dans le second estomac & dans les intestins, que se trouve la cire brute ; il n'y a jamais que du miel dans le premier. Il faut qu'une abeille parcoure successivement plusieurs fleurs avant de le remplir ; ensuite elle revient à la ruche, & cherche un alvéole dans lequel elle puisse se dégorger : elle se place sur le bord de l'alvéole, elle fait entrer sa tête dedans, & y verse par la bouche le miel qui est dans l'estomac, & qui en sort à l'aide des contractions de cette partie. Il y a lieu de croire qu'il n'en sort pas tel qu'il y est entré ; mais qu'il est digéré & épaissi par une coction. Les abeilles suivent ordinairement un certain ordre en remplissant de miel les alvéoles ; elles commencent par ceux qui sont à la partie supérieure des gâteaux du dessus, lorsqu'il y a plusieurs rangs de gâteaux. Pour qu'un alvéole soit plein de miel, il faut que plusieurs abeilles viennent y verser celui qu'elles ont recueilli & préparé. A quelques degrés que l'alvéole soit rempli, on voit toujours que la derniere couche de miel est différente du reste ; elle semble être ce que la crême est sur le lait : cette crême ou croûte de miel est plus épaisse que le reste ; il y a lieu de croire qu'elle est faite d'un miel qui a plus de consistance que le miel des autres couches, & moins de disposition à couler. Cette croûte ne forme pas un plan perpendiculaire à l'axe de l'alvéole, & même elle est contournée. Lorsqu'une abeille entre dans l'alvéole pour y verser du miel, elle s'arrête près de la croûte ; elle fait passer par dessous les deux bouts de ses premieres jambes ; elle menage par ce moyen l'entrée d'une grosse goutte de miel que l'on voit pénétrer sous la croûte, & qui en se mêlant avec le miel qui se trouve dans l'alvéole, perd sa figure arrondie. Toutes les abeilles qui apportent du miel dans la ruche, ne le versent pas dans un alvéole ; il y en a qui le donnent à manger aux travailleuses qui sont occupées au-dedans de la ruche, & qui, sans cette rencontre, iroient en prendre dans des alvéoles : car il y a des alvéoles remplis de miel, & ouverts par la consommation journaliere. Toutes les abeilles de la ruche s'en nourrissent dans les tems où les fleurs manquent, & même dans le tems des fleurs lorsque le froid ou la pluie empêchent les abeilles de se mettre en campagne. Les autres alvéoles remplis de miel, sont fermés par un couvercle de cire qui empêche qu'il ne s'évapore, & qu'il ne devienne dur & grainé avant la fin de l'hiver. Mém. pour servir à l'histoire des insectes par M. de Réaumur, tom. V. Voyez ABEILLE.

MIEL, mel, (Econ. rust. & Mat. médicale) Théophraste distingue trois sortes de miel.

La premiere espece, est celui que les abeilles recueillent sur les fleurs, soit dans nos jardins, soit dans les prairies, dans les campagnes, & sur-tout sur les montagnes dans les pays chauds ; tel que celui du mont Hymette en Attique.

La seconde, est une rosée qui tombe de l'atmosphere, & qui provient des exhalaisons qui se sont élevées de la terre ; & qui ne peuvent plus rester en l'air lorsqu'elles ont été cuites ou fondues par le soleil. Il paroît que la manne, dont les Juifs furent nourris par le Seigneur dans le désert, pendant 40 ans, étoit cette espece de miel.

La troisieme que Théophraste appelle , ou miel de roseau, est le sucre.

Le meilleur miel des anciens étoit celui du mont Hymette, en Attique ; après celui-là venoit celui des Cyclades, & celui de Sicile, connu sous le nom de miel du mont Hybla.

Le meilleur miel est celui qui est doux, & en même tems un peu âcre, odoriférant, jaunâtre, non liquide, mais glutineux & ferme, & si visqueux que lorsqu'on le touche du doigt, il s'y attache & le suit. Dioscoride, lib. II. cap. x.

Le meilleur miel de nos jours est celui de Languedoc, du Dauphiné & de Narbonne ; il est très-blanc, & le plus estimé pour la table & la Médecine.

Les autres miels sont jaunes ; le meilleur est celui de Champagne ; il est d'une couleur jaune dorée, d'une odeur gracieuse, d'une consistance ferme & grasse : il doit être nouveau.

Ceux de Touraine & de Picardie sont moins bons ; ils sont écumeux, trop liquides, sentent la cire, & ont un goût moins agréable que celui de la Champagne.

Le miel de Normandie est le moins bon de tous, sa couleur est rougeâtre, son odeur est désagréable, il a le goût de cire.

Les différentes qualités du miel viennent moins de la température du climat, que de la mauvaise manoeuvre des ouvriers ; les Normands mettent trop d'eau dans leurs gâteaux, de-là vient qu'en le faisant évaporer, il acquiert une couleur rouge : ils en séparent mal la cire dans le pressoir, ce qui fait qu'il a un goût de cire. Ce n'est pourtant pas leur profit.

Le miel est en usage dans quelques alimens & dans les médicamens, il l'étoit beaucoup davantage avant l'invention du sucre ; on s'en servoit dans les ragoûts, dans les confitures & les syrops, comme dans leur melimelum, qui étoit du coing ou un autre fruit confit dans du miel.

Ils en faisoient une boisson qu'ils appelloient hydromel, aqua mulsa, apomeli. Nous lui avons substitué l'eau sucrée.

Ils buvoient du vin miellé qu'ils appelloient elomeli ; nous lui avons substitué le vin sucré & l'hypocras.

Ils buvoient aussi de l'oximel, ou mélange de miel & de vinaigre, qu'ils tempéroient avec beaucoup d'eau pour la rafraîchir, nous employons à sa place le syrop de limon, le syrop aceteux.

Nous n'employons gueres aujourd'hui ces liqueurs miellées que dans les remedes.

Le miel est souvent préférable au sucre, quand on n'a point égard à la délicatesse du goût, d'autant que c'est comme l'essence de la partie la plus pure & la plus éthérée d'une infinité de fleurs, qui possede de grandes vertus ; il est plus balsamique, plus pectoral & plus anodin que le sucre, qui n'est que le suc purifié & épaissi du seul roseau ou de la canne à sucre.

Le miel devient amer par une trop forte coction de même que les autres choses douces ; il s'enflamme au feu à-peu-près comme le sucre.

Le miel sauvage n'est pas si agréable.

Réflexions de Pharmacie. Les anciens faisoient entrer le miel dans leur antidote, dans leur thériaque, dans le mithridate : Fracastor a suivi leur exemple dans le diascordium. Le miel est excellent dans toutes ces préparations ; il ouvre les autres ingrédiens par la fermentation ; il extrait en quelque façon, leurs vertus : d'ailleurs il sert de correctif à l'opium & aux autres narcotiques, qui sont souvent répétés dans les antidotes des anciens. Dioscoride a remarqué aussi que le miel soulageoit dans les maladies causées par l'usage du suc de pavot : lors donc qu'on prépare quelques-uns de ces antidotes avec le diacode, le médicament a une vertu différente de celle qu'il auroit eu si on l'eût préparé avec le miel. Ceci demande une attention sérieuse de la part de ceux qui ordonneront le diascordium, ou quelqu'autre antidote fait avec le diacode.

Remarque. Il y a des tempéramens en qui l'usage du miel, même à la plus petite dose, produit des coliques, des tranchées douloureuses, des vomissemens continuels, à-peu-près comme un poison ; comme on le peut voir dans les Transactions philosophiques. On emploie les sudorifiques pour remédier à cet accident ; & cela sert à prouver qu'il ne faut pas ordonner le miel à tout le monde.

Les propriétés médicinales du miel sont grandes & en grand nombre ; car depuis Hippocrate jusqu'à nous, tous les auteurs l'ont regardé comme un grand remede : il est pénétrant & détersif, & bon par conséquent dans toutes les obstructions, dans les humeurs épaisses & visqueuses, il est énergique dans les embarras & dans les engorgemens de poitrine ; alors il procure merveilleusement l'expectoration : enfin il est bienfaisant dans toutes les maladies qui proviennent du phlegme & de la pituite ; mais il est nuisible dans les tempéramens chauds, dans ceux qui sont sanguins ; ce remede feroit du bien dans les embarras de poitrine, dans l'épaississement de l'humeur bronchique, mais on le néglige. Cependant il soulageroit les asthmatiques & les poulmoniques qui ne peuvent expectorer cet amas de phlegmes visqueuses & tenaces qui engluent & bouchent les bronches.

La Chirurgie s'en sert pour nettoyer les ulceres sordides.

La Pharmacie fait plusieurs préparations de miel, & l'emploie dans plusieurs préparations, tels sont les syrops de roses, de cerises noires, de genievre, d'absynthe, de romarin, de mercuriale.

Les électuaires de baies de laurier, diaphénique, cariocostin, l'hyerapicra, le philonium romain, la confection hamech, la thériaque diatessaron, l'orviétan ordinaire, la thériaque, l'onguent aegyptiac.

Les préparations du miel entrent dans d'autres compositions. Voyez là-dessus les différentes pharmacopées.

MIEL. Le meilleur miel est celui de Narbonne ; on le fait en Dauphiné & en Languedoc, parce que les plantes qui le produisent y sont plus odorantes.

Hydromel vineux. Voyez HYDROMEL.

Oxymel simple. Voyez OXYMEL.

Miel violat. Prenez fleurs de violettes nouvellement cueillies, quatre livres ; miel commun, douze livres ; mélez-les ensemble, & les laissez en digestion pendant huit jours dans un lieu chaud : après cela, faites bouillir avec une pinte d'infusion de fleurs de violettes, jusqu'à la consomption du quart ; passez ensuite avec expression ; puis faites cuire la colature en consistance de sirop. On ôtera l'écume avec soin, & on gardera le miel pour l'usage.

Le miel nénuphar se prépare de même que le précédent.

Miel mercurial. Prenez suc de mercuriale, miel commun, de chacun parties égales ; faites cuire jusqu'à consistance de sirop. Voyez MERCURIALE.

On peut préparer de même le miel de nicotiane.

Miel anthosat ou de romarin. Prenez fleurs nouvelles de romarin, une livre ; miel bien écumé, quatre livres ; laissez-les en digestion exposés au soleil pendant un mois : après cela, ajoutez-y un peu d'eau distillée de romarin, ensuite cuisez-le légérement ; passez la liqueur & gardez-la pour l'usage. Voyez ROMARIN & ANTHOSAT.

Miel de savon. Prenez savon commun, miel, de chaque quatre onces ; sel de tartre, une demi-once ; eau de fumeterre, deux gros : mêlez le tout ensemble. Ce savon est un excellent cosmétique. Voyez SAVON.

MIEL SCILLITIQUE, (Pharm.) voyez SCILLE, (Mat. méd.)

NYMPHE Editar

S. f. (Mythol.) ce mot signifie en latin une nouvelle mariée ; mais c'est toute autre chose dans la Mythologie : les Poëtes l'ont donné à des divinités subalternes, dont ils ont peuplé l'univers. Il y en avoit qu'on appelloit uranies ou célestes, qui gouvernoient la sphere du ciel ; d'autres terrestres ou épygies : celles-ci étoient subdivisées en nymphes des eaux, & nymphes de la terre.

Les nymphes des eaux étoient encore divisées en plusieurs classes ; les nymphes marines appellées océanides, néréides, & mélies. Les nymphes des fontaines, ou naïades, crénées, pégées : les nymphes des fleuves & des rivieres, ou les potamides : les nymphes des lacs, étangs, ou lymnades.

Les nymphes de la terre étoient aussi de plusieurs classes ; les nymphes des montagnes qu'on appelloit oréades, orestiades ou orodemniades : les nymphes des vallées, des bocages, ou les napées : les nymphes des prés ou limoniades : les nymphes des forêts, ou les dryades, & hamadryades. Tous ces noms marquoient le lieu de leur habitation.

Elles ont encore eu plusieurs autres noms : comme ionides, isménides, lysiades, thémistiades, & cent autres qu'elles tiroient du lieu de leur naissance, ou plutôt des lieux où elles étoient adorées, comme Pausanias & Strabon les interpretent.

On n'accordoit pas tout-à-fait l'immortalité aux nymphes ; mais Hésiode les fait vivre quelques milliers d'années. On leur offroit en sacrifice du lait, de l'huile, & du miel, & on leur immoloit quelquefois des chevres.

Il n'est pas aisé de découvrir l'origine de l'existence des nymphes, & des fables qu'on a débitées sur leur compte. Cette idée des nymphes est peut-être venue de l'opinion où l'on étoit anciennement, que les ames des morts erroient auprès des tombeaux, ou dans les jardins & les bois délicieux qu'elles avoient fréquentés pendant leur vie. On avoit même pour ces lieux un respect religieux ; on y invoquoit les ombres de ceux qu'on croyoit y habiter ; on tâchoit de se les rendre favorables par des voeux & des sacrifices, afin de les engager à veiller sur les troupeaux & sur les maisons. Meursius remarque que le mot grec nymphé, n'est autre que le mot phénicien néphas, qui veut dire ame ; & il ajoute que cette opinion, ainsi que plusieurs autres de ce tems-là, tiroient leur origine des Phéniciens.

Cette conjecture sur l'origine des nymphes peut encore être appuyée par l'idée que l'on avoit que les astres étoient animés ; ce qu'on étendit ensuite jusqu'aux fleuves, aux fontaines, aux montagnes & aux vallées, auxquelles on assigna des dieux tutélaires.

Dans la suite on a pris pour des nymphes des dames illustres par quelques avantures ; c'est pour cela sans doute qu'Homere appelle nymphes, Phaëtuse & Lampetie, qui gardoient en Sicile les troupeaux du soleil.

On a même été jusqu'à honorer de simples bergeres du nom de nymphe, & tous les poëtes anciens & modernes ont embelli leurs poésies de cette nouvelle idée. Mais comme Diodore rapporte que les femmes des Atlantides étoient communément appellées nymphes, il semble que c'est dans ce pays-là, que prit naissance l'opinion de l'existence de ces déesses ; parce qu'on disoit que c'étoit dans les jardins délicieux de la Mauritanie tingitane, auprès du mont Atlas, qu'habitoient après leur mort les ames des héros.

Quant aux métamorphoses de tant de personnes changées en nymphes, en naïades, en oréades, en néréïdes, en dryades, en hamadryades, &c. on peut penser que lorsque quelques dames illustres étoient enlevées à la chasse, qu'elles périssoient dans la mer, dans les bois ; la ressource ordinaire étoit de dire que Diane ou quelqu'autre divinité les avoit changées en nymphes. Tel étoit la prétendue Egérie, cette célebre nymphe que Numa Pompilius alloit souvent consulter dans la forêt d'Aricie. Après la mort de ce prince, les Romains ne trouvant plus cette nymphe merveilleuse, mais seulement une fontaine, ils imaginerent la métamorphose de la nymphe en fontaine.

Nous ne dirons rien ici de la belle description que fait Homere de l'antre des nymphes, ni de ces vers où Horace nous représente Bacchus instruisant ces déesses : vidi Bacchum docentem nymphas. On ne seroit sûrement pas content des allégories que quelques auteurs y ont trouvées, & encore moins des obscénités qu'un philosophe stoïcien, homme grave & sérieux, a débitées sur ce sujet dans son héxaméron rustique.

Mais nous pouvons bien dire un mot de la fureur qu'éprouvoient ceux qui par hasard avoient vû quelque nymphe dans le bain. Ovide lui-même craignoit cet événement, comme il nous l'apprend au IV. liv. des Fastes, quand il dit,

Nec Dryadas, nec nos videamus labra Dianae,

Nec faunum medio cùm premit aura die.

" Jamais ne puissions-nous appercevoir Diane,

Ni les nymphes des bois, ni les faunes cornus,

Lorsqu'au milieu du jour ils battent la campagne ".

C'est à quoi Properce, liv. III. élég. xij. fait allusion, lorsque décrivant la félicité des premiers siecles il dit :

Nec fuerat nudas paena videre deas.

" Alors pour avoir vû quelques déesses nues,

On n'étoit point puni si rigoureusement ".

Ceux qui étoient épris de cette fureur des nymphes, s'appelloient en grec , en latin lymphatici. Les eaux, dit Festus, s'appellent lymphes, du nom de nymphes ; car on croyoit autrefois que tous ceux qui avoient seulement vû l'image d'une nymphe dans une fontaine, étoient épris de fureur le reste de leur vie. Les Grecs les nommoient nympholepti, & les latins lymphatici.

Plutarque dans la vie d'Aristide, dit : " la caverne des nymphes sphragitides est située à l'une des croupes du mont Cythéron ; il y avoit anciennement un oracle, de l'esprit duquel plusieurs devenoient insensés ; ce qui les fit nommer nympholepti ". (D.J.)

NYMPHE, (Littérat.) ce mot se prend quelquefois dans les auteurs grecs & latins pour une femme simplement. C'est ainsi que l'emploie Homere, Iliad. p. v. 130. Callimaque, hymn. in Del. v. 215. Hymn. in Apoll. v. 90. &c. Ovide applique ce mot aux femmes des Grecs, lorsqu'il dit :

Grata ferunt nymphae pro salvis dona maritis.

C'est une chose assez commune dans les auteurs, d'appeller nymphes, les épousées & les nouvelles mariées. Elles portent le nom de nymphes, dit Phornutus, parce qu'alors elles paroissent en public pour la premiere fois, ayant été auparavant cachées, pour ainsi dire, dans leurs maisons. (D.J.)

PROPOLIS Editar

ou CIRE-VIERGE, en Epicerie, est une cire rouge dont les abeilles se servent pour boucher les fentes de leurs ruches.

RUCHE Editar

S. f. (Oeconom. rustiq.) panier à serrer & nourrir des mouches à miel ; il n'y a rien de décidé, ni pour la matiere, ni pour la forme des ruches ; on en fait de planches, de pierre, de terre cuite, de troncs ou d'écorces d'arbres, de paille, d'éclisse, d'osier, & de verre, pour voir travailler les abeilles. Il y en a de rondes, de quarrées, de triangulaires, de cylindriques, de pyramidales, &c. Celles de paille sont les meilleures, & coutent le moins. Elles sont chaudes, maniables, propres aux abeilles, résistent aux injures du tems, & ne sont point sujettes à la vermine ; les mouches s'y plaisent, & y travaillent mieux que dans toute autre sorte de ruches.

Pour faire des ruches de planches, on prend du chêne, du hêtre, du châtaigner, du noyer, du sapin, ou du liege ; il s'agit principalement de bien joindre les planches, pour qu'il n'y entre ni jour, ni vent, ni pluie. Bien des gens condamnent l'usage des ruches de poterie, parce qu'elles conservent trop longtems le froid de la nuit, & s'échauffent trop au soleil. On prévient pourtant ces inconvéniens en les plaçant en-dehors.

Du reste on met dans chaque ruche, quelle qu'en soit la matiere, deux bâtons posés en croix, pour que l'ouvrage des mouches soit plus ferme.

Il y a des ruches de grandeurs différentes ; le principal est de les faire toujours un tiers plus hautes que larges, & d'en façonner le dessus en voute pour les rendre plus commodes, & l'assiette large, pour que rien ne les ébranle. Les grandes ruches sont de quinze pouces de large sur vingt-trois de haut. C'est dans celles-ci qu'on doit mettre les essaims qui viennent jusqu'au milieu de Juin. Les ruches moyennes doivent avoir treize pouces de largeur sur vingt de hauteur ; on y met les essaims produits depuis la mi-Juin jusqu'au premier Juillet. Les petites ruches ne doivent avoir que treize pouces de large sur dix-sept de haut ; c'est dans cette troisieme sorte de ruche qu'on met les derniers essaims. Tout curieux de la culture des abeilles se pourvoit de ces trois sortes de ruches pour les différens tems.

Si les ruches sont faites d'osier, de troesne, ou autre branchage, il faut les enduire en-dehors de cendres de lessive ou de terre rouge, dont on fait un mortier avec de la bouze de vache, pour les garantir des vers tout-autour. Quand les ruches sont bien enduites & seches, avant que de s'en servir, on les passe légérement sur de la flamme de paille, & puis on les frotte en-dedans avec des feuilles de coudrier & de mélisse.

Il faut que les ruches soient posées sur des sieges ou bancs élevés de terre d'un bon pié, pour que les crapauds, les souris & les fourmis n'y puissent pas monter. Le siege, soit qu'il soit de pierre, de bois, de terre, ou de tuilots, doit être bien uni, surtout à l'endroit sur lequel on pose la ruche. Il est bon aussi que la surface du pié sur laquelle la ruche est assise, soit convexe, pour qu'il s'y amasse moins d'humidité ; par la même raison, si on met les ruches sur des planches, il faut y faire deux égoûts en forme de croix, pour l'écoulement des eaux. Il y a bien des gens, surtout dans les pays qui ne sont pas fort chauds, qui mettent les ruches sous des appentis ou auvents faits exprès pour les défendre de la pluie & des orages. Ces auvents garantissent aussi les abeilles des grandes chaleurs & des grands vents, & facilitent leur entrée dans les ruches.

Chaque ruche ne doit avoir régulierement qu'une ouverture qui serve d'entrée aux abeilles ; on met ordinairement cette ouverture au bas de la ruche, & on la fait petite, pour que l'humidité, l'air, & les vents ayent moins de prise sur la ruche. S'il se formoit quelqu'autre trou à la ruche ou au siege, il faut avoir soin de le bien boucher avec du mastic. Quand on a une grande quantité d'abeilles, on range les ruches dans un bel emplacement en forme d'amphithéâtre, ensorte qu'entre chaque banc il y ait un passage par où l'on puisse visiter les ruches, & que ces ruches soient rangées en échiquier, ou en quinconce, sans que les rangs se touchent, afin qu'elles reçoivent le soleil également & à plein. Enfin il faut avoir soin de visiter les ruches deux ou trois fois le mois, depuis le commencement du printems jusqu'à l'automne. Dictionn. économique. (D.J.)

RUCHE, s. f. (Mesure seche) mesure dont on se sert dans les sauneries & salines de Normandie. C'est une espece de boisseau qui contient vingt-deux pots d'Argnes, pesant cinquante livres ou environ, mesure rase. Savary. (D.J.)

RUCHE, voyez ROUCHE.

STIGMATES Editar

voyez FLEUR.

STIGMATES, organes extérieurs de la respiration de plusieurs insectes, & principalement des chenilles. C'est M. Malpighi qui a reconnu le premier cette organisation. Les chenilles ont sur chacun des douze anneaux du corps, à l'exception du second, du troisieme & du dernier, deux taches ovales, une de chaque côté, placées plus près du ventre que du dos : ces taches sont imprimées en creux dans la peau, & bordées par un petit cordon le plus souvent noir. Ces taches sont jaunes dans certaines chenilles, & dans d'autres elles ont une couleur blanche. La petite ouverture, qui est au milieu de chacune de ces taches, communique à un poumon particulier, desorte que les chenilles ont neuf poumons de chaque côté, ou plutôt neuf paquets de trachées qui composent le poumon, & qui s'étendent chacun tout le long du corps.

M. Malpighi a découvert que ces organes servoient à la respiration des chenilles, en les couvrant d'huile ou d'une matiere graisseuse quelconque, alors l'insecte tombe en convulsions sur le champ. Mais si on ne met de l'huile que sur un certain nombre de stigmates, les parties voisines de celles qui sont huilées deviennent paralytiques par la privation d'air, & souvent l'insecte meurt quelque tems après. On tient cependant sous l'eau un ver à soie pendant des heures entieres, sans le faire mourir ; il reprend ses forces & sa vigueur en le remettant à l'air & en l'exposant au soleil. M. de Reaumur croit que c'est parce que l'eau ne peut pas pénétrer dans les stigmates, comme l'huile, & que l'air qui se trouve renfermé dans le creux de chaque stigmate empêche que l'insecte ne soit suffoqué. M. Malpighi croyoit que l'air entroit & sortoit par les stigmates ; mais M. de Reaumur a découvert depuis par des expériences réïtérées en plongeant une chenille dans l'eau, que l'air avoit son issue par de très-petites ouvertures répandues sur tout le corps, qui communiquent à de petits canaux, & que ces canaux ont communication avec les trachées dont il a été fait mention. Mém. pour servir à l'hist. des insectes, par M. de Reaumur, tome I. n °. 3. Voyez INSECTE.

STIGMATES, (Hist. anc.) signes ou caracteres dont on marquoit ordinairement les esclaves qui avoient été fugitifs. La marque la plus commune étoit la lettre F, qu'on leur imprimoit au front avec un fer chaud. On se contentoit quelquefois de leur mettre un collier ou un bracelet, sur lequel on gravoit le nom du maître. Quelques-uns ont cru qu'on imprimoit aussi des caracteres sur les mains, les bras ou les épaules des nouveaux soldats chez les Romains ; mais cet usage n'a pas été général, & l'on n'en trouve pas des témoignages assez précis chez les anciens, pour affirmer que cette coutume fût constamment établie dans les troupes romaines.

STIGMATES, (Théolog.) marques ou incisions que les payens se faisoient sur la chair en l'honneur de quelque fausse divinité.

Ces stigmates s'imprimoient ou par un fer chaud, ou par une aiguille avec laquelle on faisoit plusieurs piquûres, que l'on emplissoit ensuite d'une poudre noire, violette, ou d'une autre couleur, qui s'incorporoit avec la chair, & demeuroit imprimée pendant toute la vie. La plûpart des femmes arabes ont les bras & les joues chargés de ces sortes de stigmates : Lucien dans son livre de la déesse de Syrie, dit que tous les Syriens portoient de ces caracteres imprimés les uns sur les mains, & les autres sur le col. Moïse, LÉvitiq. x. xix. vers. 28. défend aux Israëlites de se faire aucune figure, ni aucune stigmate sur le corps. L'hébreu porte, vous ne vous ferez aucune écriture de pointe, c'est-à-dire, aucune stigmate imprimée avec des pointes.

Ptolémée Philopator ordonna qu'on imprimât une feuille de lierre, qui est un arbre consacré à Bacchus sur les juifs qui avoient quitté leur religion pour embrasser celle des payens. S. Jean, dans l'Apocalypse, fait illusion à cette coutume, quand il dit, c. xiij. vers. 16. & 17. que la bête a imprimé son caractere dans la main droite, & sur le front de ceux qui sont à elle ; qu'elle ne permet de vendre ou d'acheter qu'à ceux qui portent le caractere de la bête ou son nom, & S. Paul, dans son épitre aux Galates, dit qu'il porte les stigmates de J. C. sur son corps en parlant des coups de fouet qu'il a reçus pour la prédication de l'évangile.

Philon le juif, de monarch. l. I. dit qu'il y a des hommes qui pour s'attacher au culte des idoles d'une maniere plus solemnelle & plus déclarée, se font sur la chair avec des fers chauds, des caracteres qui prouvent leur engagement & leur servitude. Procope, in Isaï. xliv. remarque l'ancien usage des chrétiens, qui se faisoient sur le poignet & sur les bras des stigmates, qui représentoient la croix ou le monogramme de J. C. usage qui subsiste encore aujourd'hui parmi les chrétiens d'Orient, & parmi ceux qui ont fait le voyage de Jérusalem. Prudence, hymn. x. décrit en ces termes la maniere dont les payens se faisoient des stigmates en l'honneur de leurs dieux.

Quid cum sacrandus accipit sphragitidas ?

Acus minutas ingerunt fornacibus,

His membra pergunt urere : utque igniverint

Quamcumque partem corporis fervens nota

Stigmavit, hanc sic consecratam praedicant.

Calmet, dictionn. de la Bibl.

STIGMATES, (Théolog.) terme que les Franciscains ont introduit pour exprimer les marques ou empreintes des plaies de Notre Seigneur, qu'il imprima lui-même sur le corps de S. François d'Assise.

Voici ce qu'en dit M. l'abbé Fleury, dans son histoire ecclésiastique, tom. XVI. l. LXXIX. n °. 5. d'après Vading & S. Bonaventure. " En 1224, saint François se retira sur le mont Alverne pour y passer son carême de saint Michel, c'est-à-dire, les quarante jours qu'il avoit coutume de jeûner ; depuis l'assomption de Notre-Dame, jusqu'à la fin de Septembre.... Un matin, vers la fête de l'exaltation de la sainte Croix, qui est le 14 Septembre, comme il prioit au côté de la montagne, il vit un séraphin, ayant six aîles ardentes & lumineuses, qui descendoit du haut du ciel d'un vol très - rapide. Quand il fut proche, saint François vit entre ses aîles la figure d'un homme, ayant les mains & les piés étendus & attachés à une croix. Deux aîles s'élevoient au-dessus de sa tête, deux étoient étendues pour voler, & deux couvroient tout son corps.... La vision disparoissant, le saint apperçut à ses mains & à ses piés les marques des clous comme il les avoit vus à l'image du crucifix. Ses mains & ses piés paroissoient percés de clous, dans le milieu, les têtes des clous se voyoient au-dedans des mains & au-dessus des piés, & les pointes repliées de l'autre côté, & enfoncées dans la chair. A son côté droit paroissoit une cicatrice rouge, comme si elle venoit d'un coup de lance, & souvent elle jettoit du sang, dont sa tunique & ses fémoraux étoient arrosés. "

L'impression de ces stigmates fut confirmée par plusieurs miracles que rapporte le même auteur, qui continue ainsi : " Quelque soin que prit François de cacher ses stigmates, il ne put empêcher que l'on ne vît ceux des mains & des piés, quoique depuis ce tems-là il marchât chaussé, & tînt presque toujours ses mains couvertes. Les stigmates furent vus par plusieurs de ses confreres, qui bien que très dignes de foi par leur sainteté, l'assurerent depuis par serment, pour ôter tout prétexte d'en douter. Quelques cardinaux les virent par la familiarité qu'ils avoient avec le saint homme ; ils ont relevé les stigmates, dit saint Bonaventure, dans les proses, les hymnes & les antiennes qu'ils ont composées en son honneur, & ont rendu témoignage à cette vérité de vive voix, & par écrit. Enfin le pape Alexandre IV. prêchant au peuple, en présence de plusieurs freres & de moi-même (ce sont les propres paroles de saint Bonaventure), assura que pendant la vie du saint il avoit vu ces sacrés stigmates de ses propres yeux. Il ajoute qu'à la mort de saint François plus de cinquante freres les virent, & la pieuse vierge Claire avec ses soeurs, & une multitude innombrable de séculiers, dont plusieurs les baiserent & les toucherent de leurs mains pour plus grande certitude.

Quant à la plaie du côté, il la cacha si bien, que de son vivant personne ne put la voir qu'à la dérobée, mais après sa mort elle parut évidemment comme les autres ".

On a institué en mémoire de ce miracle une fête appellée la fête des stigmates de saint François, avec une messe & un office particulier, mais qui n'est obligatoire que pour les Franciscains. Il y eut aussi à la même occasion une archi-confrérie érigée en 1594, par François Pizi, chirurgien de la ville de Rome.

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